Rugby à XIII: La guerre des terrains (1934-1939)

En octobre 1934, le premier Championnat de France de rugby à XIII débute. La tâche pour le néo-rugby est pourtant encore immense; la guerre des terrains reste à être gagnée. (cet article constitue la suite du premier centré sur l’année 1934 et la naissance de la Ligue)

Premières avancées dans le Sud-Ouest

Paris XIII à la Cipale

Quand s’ouvre ce premier championnat, la partition treiziste est encore un peu baroque. Les terrains d’Albi et de Perpignan ne sont pas achevés, et deux clubs ne savent pas encore où ils vont disputer la saison: Paris XIII et Côte Basque. Privé à la dernière minute du Stade Buffalo par une action du Stade Français, le club parisien patiente deux longs mois avant de pouvoir effectuer le 9 décembre sa première sortie à domicile au Vélodrome Municipal de Vincennes (aka la Cipale). Un pis aller en entendant mieux: Buffalo ou même un nouveau stade que le club ferait construire.

Les Basques débutent la compétition ballottés entre les grounds de Pau et de Bordeaux avant d’inaugurer le 20 janvier 1935 leur Stade Saint-Jean situé à Anglet à l’occasion de la réception de l’US Lyon-Villeurbanne. Le succès est à la hauteur de l’attente avec une recette de 48 000 francs et environ 7 000 spectateurs. Des chiffres records qui ne seront jamais atteint de nouveau, si ce n’est en 1938 pour la venue des Australiens dans le Pays Basque.

Sur les dix clubs au départ de ce premier championnat, seuls deux complètent l’ensemble des matchs prévus au calendrier. Le Stade Olympique Béziers, lui, ne termine même pas la compétition, le club, dernier du classement, abandonne à trois journées du terme. D’autres échecs suivront par la suite.

Le Vélodrome Paul Dangla du Stade Agennais

Alors que Côte Basque s’installe à peine sur ses terres, les premiers nouveaux noms pour la saison suivante s’annoncent. Le Stade Agenais est fondé dans les premiers jours de l’année 1935 avec le soutient des Etablissements Grange. Le 20 janvier au Vélodrome Paul Dangla aménagé par le club pour accueillir environ 8 000 spectateurs, le club débute contre une sélection de joueurs de la Ligue.

Quelques semaines après Agen, Dax se tourne également vers le néo-rugby. Formé pour partie par d’anciens radiés de l’US Dax – en 1933, six joueurs dacquois, dont toute la première ligne, avaient été exclus à vie par la FFR -, Dax XIII est crée au mois de février. L’académicien Pierre Benoit en est le président d’honneur.

Les Landais se fixent dans l’actuel quartier du Sablar au Stade du Colonel Poymiro qui sera inauguré en octobre 1935 pour l’ouverture du championnat. L’enceinte dispose de parkings, de tribunes pouvant accueillir 1 000 spectateurs ainsi que de gradins et d’un mur d’enceinte. Seule défault, les inondations sont nombreuses sur ce terrain situé en bord de l’Adour, et imposera plusieurs délocalisations à Bordeaux.

Enfin, sous les ordres du président Declayrou, Périgueux XIII s’engage également dans le rugby professionnel. Le club s’installe dans le quartier du Gour de l’Arche où ses premiers matchs amicaux se déroulent devant 3 000 spectateurs payant. Au mois de juillet les candidatures de ces trois clubs sont retenues par la Ligue.

Le dernier objectif

Toulouse, grand absent de la saison 1934-1935, reste au cœur des préoccupations treizistes, celles de Jean Galia notamment qui considère la ville rose comme un objectif à atteindre « coûte que coûte ».

« Le jour où nous posséderons un terrain à Toulouse, le néo-rugby connaîtra rapidement dans tout le midi une vogue formidable. C’est notre dernier objectif. » Jean Galia

Galia n’espère pas uniquement installer un club professionnel à Toulouse, il souhaite également y faire disputer de grands matchs internationaux. Depuis novembre 1934, il a ainsi en tête d’organiser une Coupe du Monde en France. Toulouse pourrait être de la partie, il projette même de construire pour l’occasion une enceinte de 20 000 places sur le site du Parc Municipal des Sports (le Stadium n’a pas encore été construit).

La Coupe du Monde souhaitée par Galia n’aura pas lieu, le stade de 20 000 places non plus. Mais les Treize obtiennent de la part du Gallia Club de Toulouse le bail du Stade Jacques Thomas situé rue Adonis dans le quartier des Minimes, charge à la Ligue de l’aménager. Dans la foulée, le Gallia Club Toulousain vote le 2 mars 1935 son passage à XIII et devient le premier club de néo-rugby professionnel de la ville rose près d’un an après la naissance de la LFRXIII.

La fédération se charge des premiers aménagements, en construisant notamment une nouvelle tribune de 2 000 places assises et couvertes. Elle obtient également qu’un service de tramway soit mis en place les jours de match. Le 10 mars 1935, une première grande rencontre se déroule sur le ground du Gallia Club avec le quart de finale de Coupe entre Villeneuve et Bordeaux. La recette est de 72 000 francs. Visiblement, la fédération est satisfaite du résultat:

« Le succès a dépassé toutes nos espérances. Plus de 15 000 spectateurs ont assisté à cette partie qui fut un véritable triomphe. Les réactions furent plus que favorables . Les gens se trouvaient littéralement emballés par la beauté du spectacle » Charles Blein, extatique secrétaire de la Ligue Française de Rugby à XIII (LFRXIII).

Cette première plus que réussie, de nouveaux aménagements sont conduits par la Ligue afin d’accueillir jusqu’à 8 000 spectateurs en tribune. La Coupe de France fait de nouveau halte à Jacques Thomas en avril pour une demi-finale, puis surtout à l’occasion de la finale le 5 mai 1935 entre Lyon et Perpignan. Ces deux matchs ont pourtant moins de succès que le quart de finale inaugural ne réunissant guère plus de 5 000 spectateurs.

La deuxième bataille de Buffalo

En 1935, le Stade Français jouit toujours d’un contrat signé en 1924 et liant le club à l’enceinte située à Montrouge, ce qui y interdit de fait la pratique du XIII. Le directeur du vélodrome, Louis Delblat, qui est également trésorier de la Ligue, ne souhaite qu’une seule chose: se défaire de cet encombrant locataire qui ne lui apporte que des affiches de seconde zone et l’empêche d’ouvrir Buffalo aux Treize.

Buffalo. Le public vient féliciter les joueurs français après leur nul contre les Anglais

Malgré les protestations du vieux club parisien, Delblat organise à Buffalo le 28 mars 1935 le deuxième France-Angleterre de l’histoire. Comme un an plus tôt dans ce même stade, plus de 20 000 spectateurs assistent au choc et à l’exploit des Français qui décrochent le nul.

Plusieurs affiches treizistes suivent à Buffalo, notamment une rencontre qui peut faire office d’ersatz de Coupe d’Europe entre les vainqueurs des coupes anglaise et française: Castleford et Lyon. Les anglais l’emportent le 12 mai devant une très faible assistance (1 500 spectateurs). Une semaine plus tard, le pendant de ce match se dispute au Parc Suzon de Talence entre les champions de France et d’Angleterre devant cette fois-ci un stade comble (15 000 spectateurs), ce qui illustre déjà bien les difficultés pour faire venir le public parisien autour de simples rencontres de clubs.

Contrairement à la décision qu’ils avaient pris un an plus tôt, les pouvoirs fédéraux ne réagissent d’abord pas devant cette intrusion des Treize et ne bannissent pas immédiatement le terrain. Sans doute savent-ils que Delblat n’attend que ça.

Avec le retour de Buffalo dans le giron treiziste, le Celtic de Paris de Maurice Tardy – qui aurait dû participer au lancement de la competition en 1934 – rejoint Paris XIII en division nationale.

Panneau affichant l’annulation de la partie prévue à Buffalo

Les deux clubs parisiens pensent pouvoir bénéficier du Buffalo. Les premiers entrainement et matchs amicaux s’y tiennent en septembre. mais la suite s’avérera plus difficile que prévu.

Le 20 octobre 1935, la saison officielle parisienne doit s’y ouvrir entre Paris XIII et Villeneuve, mais une nouvelle fois le Stade Français fait usage de son droit de bail pour faire jouer ses footballers à Buffalo le même jour, privant une nouvelle fois les Treize du terrain francilien. En signant de protestation, une dizaine d’apprentis supporters du néo-rugby assisteront tout de même au match des soccers en couvrant la partie d’encouragements pour la vedette treiziste Max Rousié !

Même chose, le 11 novembre où deux matchs doivent se dérouler le même jour, l’un du Stade Français, l’autre du Paris XIII. Cette fois, la direction de Buffalo prend les devants en interdisant par avance la manifestation du Stade Français et permettant ainsi la réception de Roanne par Paris XIII à Montrouge. Le 15 décembre, le Celtic y fait à son tour ses débuts face à Albi.

La Fédération Française de Rugby est contrainte de jeter le gant, et décide de disqualifier le vélodrome parisien, rendant ainsi caduque le contrat liant l’enceinte au Stade Français. Le passage en force a fonctionné, Buffalo est treiziste. Enfin !

Lyon – Castleford à Buffalo – La Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe avant l’heure

Saison sanglante (1935-1936)

Les débuts combinés du Celtic, du Gallia Club Toulousain, d’Agen, de Dax et de Périgueux portent à 14 (répartis en deux poule de 7 avec l’introduction de phases finales pour décerner le titre de champion de France) les effectifs de la Ligue pour le championnat 1935-1936. C’est sans doute trop, trop vite. Les victimes seront nombreuses.

Premier à club à tomber au champ d’honneur: le Gallia Club qui après deux rencontres perdues à l’extérieur à Roanne et à Bordeaux, déclare forfait avant même sa première rencontre au Stade Jacques Thomas. C’est le premier grand échec du mouvement treiziste français.

Pourtant, il y a un public à Toulouse pour le néo-rugby comme le prouve le match amical entre Villeneuve et Leeds qui y est organisé devant 5 000 spectateurs (38 000 francs de recette). Quelques autres affiches de championnats ou de coupe sont également disputés à Jacques Thomas pour maintenir la flamme du XIII vivante, mais le Gallia Club ne repartira pas chez les pro et Jacques Thomas sera abandonné par les Treize quelques années plus tard.

Agen disparaît aussi après quelques semaines, sans là non plus avoir foulé une seule fois son terrain pour un match officiel. Périgueux termine la saison, mais retourne ensuite évoluer dans les rangs amateurs

A Paris, Maurice tardy abandonne son Celtic après une seule saison. Le club ne disparaît pas pour autant et se réfugie en banlieue sous les couleurs du Celtic Saint-Denis. Cette saison 1935-1936 est la seule pendant laquelle la Capitale comptera deux clubs professionnels en même temps.

Parmi les nouveaux venus, seul Dax semble s’en sortir. Dans les landes, le « succès a dépassé les espérances ». Les installations construites au Stade du Colonel Poymiro sont d’ores et déjà remboursées selon les dirigeants du club.

Cinq nouveaux clubs, quatre échecs. La crédibilité de la compétition est en jeu. Des mesure sont nécessaires pour que pareille aventure ne se représente pas. A l’issue du congrès 1936, il est décidé à l’avenir de n’accepter que « les clubs ayant fait leur preuves et capable de soutenir efficacement l’action générale engagée. »

Un chantage parfois bien utile…

Mais ces revers ne découragent pas les velléités treizistes. La presse aime à évoquer les rumeurs de clubs ou de villes qui seraient prêts à franchir le Rubicon à leur tour. Ces rumeurs sont parfois entretenus par les intéressés eux-mêmes qui en faisant miroiter le risque de leur désistement pour la concurrence espèrent gagner tel ou tel avantage de la part de la Federation Française de Rugby. Le Paris Université Club et l’AS Bayonnaise semblent être assez coutumiers du fait.

Dans le même temps, la Ligue tente d’essaimer dans le sud et l’ouest du pays en organisant des matchs de propagande à Cognac, Nantes, Angoulême ou Vichy. Le XIII cherche à introduire le jeu dans de nouvelles terres, mais essaie également de jauger des goûts du public local et des chances de succès d’une éventuelle équipe professionnelle. Une démarche finalement très similaire à ce que font aujourd’hui encore les grandes ligues professionnelles su sport nord-américain.

Le calme avant la tempête (1936-1937)

Pour l’ouverture de son troisième championnat, la Ligue repart avec dix membres, neuf des dix équipes pionnières de 1934, plus Dax, seul rescapé de la vague expansionniste.

Si la ligue n’accueille aucun nouveau club professionnel, les rumeurs continuent pourtant de fleurir dans la presse. On parle de Tarbes, Montpellier, ou Biarritz comme futurs candidats à la Ligue. Limoges semble un temps en pôle pour rejoindre les Treize. Paris XIII y délocalise une rencontre officielle contre Roanne au Stade Montjovis le 1er janvier 1937 pour une recette de 14 000 francs.

Durant cette saison 1936-1937, un nouveau stade tombe néanmoins dans l’escarcelle du rugby à XIII et pas n’importe lequel: Gerland. Le 21 mars 1937, le XIII de France et une sélection des Dominions Britanniques s’y retrouvent devant 16 800 spectateurs et une recette qui dépasse 180 000 francs. C’est un record pour du rugby à Lyon. La crue du Rhône aurait même empêché 5 000 supporters supplémentaires de se déplacer et la recette de dépasser 200 000 francs à en croire les dirigeants de la Ligue.

Le terrain ‘marécageux’ de Gerland durant le match entre la France et les Dominions

Loin de la grande foule des matchs internationaux, la réalité des clubs professionnels est souvent plus difficile. Déjà en janvier 1935, à Pau, les contrats mensuels des joueurs avaient été abandonnés au profit de simples primes de match. Les présidents treizistes doivent aussi faire office de mécènes. A la tête du club lyonnais, Joseph Pansera (1), qui y songeait déjà depuis un an, jette l’éponge au printemps 1937 pour cette raison. A l’initiative de la Ligue et de Claude Devernois, président de Roanne, le club est refondé autour d’anciens dirigeants du club de foot professionnel de la ville, le Lyon Olympique Villeurbanne.

Devernois, lui même, en est d’ailleurs de sa poche. L’aventure du rugby professionnel lui coûte 400 000 francs par an selon ses dires.

« Certains aiment le baccarat, moi, c’est le rugby » Claude, aka Claudius, Devernois

La chute de Paris

Le championnat 1937-1938 s’ouvre avec onze équipes et un nouveau club, le Toulouse Olympique. L’équipe fondée à initiative de Jean Galia grâce au regroupement de deux clubs amateurs de la ville (les All Blacks Toulousains et les vestiges du Gallia Club, le Gallia Boys XIII) trouve refuge sur le Stade Arnauné dont les frères Paul et Gabriel sont propriétaires (2). Comme elle avait fait deux ans plus tôt à Jacques Thomas, la Ligue se charge des aménagements de la nouvelle acquisition treiziste.

Le Stade des Minimes le jour de son inauguration en 1937

Le Stade Arnauné est inaugurée le 19 décembre 1937 à l’occasion d’un match de sélection devant 12 à 15 000 spectateurs. Le 9 janvier 1938, le Toulouse Olympique y fait ses débuts en championnat. Les Minimes accueillent également la finale de la coupe 1938. L’affluence est très bonne, la recette également (90 000 francs) alors qu’au même moment se décide aux Ponts-Jumeaux la finale des Quinze.

Si la Ligue triomphe à Toulouse, elle doit capituler à Paris. Après le Celtic, c’est Paris XIII qui quitte à son tour les rangs professionnels au terme de la

Feu le « pacte affinitaire »

saison 37-38, ne laissant plus aucun représentant de la Capitale. Comme le Celtic, il redémarre chez les amateurs sous un nouveau nom: Courbevoie XIII. Le rugby à XIII de clubs ne semble pas faire recette dans la ville lumière au contraire des matchs internationaux qui remplissent largement les travées de Buffalo. le 1er novembre 1937, la Ligue y établit son record de recettes (313 000 Francs) pour la réception de l’Empire Britannique.

En juillet 1937, la Fédération Française de Football Association se retire du « pacte affinitaire ». Désormais, elle ne lancera plus aucun interdits « de quelque sorte » contre les stades municipaux ou privés. Cet accord qu’elle n’avait jamais réellement souhaité et qu’elle n’avait appliquée qu’avec beaucoup de réserve est désormais une histoire ancienne. Seule, la FFR mènera désormais la guerre des terrains, une guerre qu’elle sait probablement déjà perdue.

L’autre événement majeur de la saison 1937-1938 est la venue des Australiens en France en début d’année 1938. Les Kangooroos se produisent partout dans la France treiziste. A Perpignan, Anglet, Albi ou Roanne, ils laissent derrière eux records de spectateurs et de recettes. La tournée est ponctuée par deux test matchs contre le XIII de France, à Buffalo d’abord devant une assistance décevante, puis au nouveau Stade Vélodrome Municipal de Marseille inauguré un an plus tôt. Les débuts marseillais du néo-rugby sont, eux, parfaitement réussis. La venue des Australiens établit un nouveau record d’affluence pour la discipline en France avec 23 100 supporters. La recette est de près de 300 000 francs. Marseille » a été conquise » par le nouveau jeu, lit-on dans la presse.

XIII Catalan – Australie au Stade du Vernet

Échecs méditerranéens

« On dit que… »

Déjà en 1935, la cité phocéenne avait été évoquée pour intégrer la Ligue. On parlait alors de l’Olympique de Marseille qui aurait pu fonder une section professionnelle de rugby à XIII ! Après le succès de cette première au Vélodrome, les rumeurs d’une équipe marseillaise redoublent. Certains pensent que l’équipe de Roanne pourrait tout simplement y déménager avec armes et bagages. Encore une fois, une pratique qui rappelle le fonctionnement des ligues fermées outre-Atlantique.

Comme elle en a pris l’habitude, la Ligue organise un match de propagande pour aider à implanter un club à Marseille. Le 13 février 1938, Côte Basque triomphe ainsi de Paris XIII  devant 8 000 spectateurs dans le nouveau temple marseillais (recette de 75 000 francs), prouvant qu’il ya bien un public pour ce nouveau sport sur les bords de la Méditerranée.

Louis-Bernard Dancausse, directeur du Vélodrome et futur président de l’Olympique de Marseille, est lui-même favorable à la création d’une équipe professionnelle de rugby qui jouerait dans son stade, il préfère cependant prendre son temps. Il songe plutôt à la saison 1939-1940 pour lancer le XIII à Marseille. Mais en 1939, il sera trop tard…

Dans le même temps, un club est fondé en mars 1938 sur la Côte d’Azur sous le nom de Nice Riviéra 13.  Le club souhaite, lui, rejoindre les rangs professionnels au plus vite et peut compter sur le soutient des autorités locales de football. Avec cette nouvelle candidature, la Ligue espère ainsi voir se former un triangle du rugby professionnel qui rejoindrait Nice et Bayonne à Paris.

Pour aider à la formation de l’équipe niçoise, une rencontre est organisée le 20 mars entre Villeneuve et Villeurbanne au Stade Saint Maurice (Stade du Ray). Un match de football se dispute en levée de rideau entre l’OGC Nice et le FC grasse. L’intransigeance initiale (et imposée) du football pour le nouveau code semble désormais loin.

La partie est un réussite (17 000 francs de recette), une dizaine de jours plus tard, un bureau est formé mais ne donnera plus de nouvelles par la suite.

D’autre rumeurs font état d’un second club en gestation du côté de Perpignan, très vite démenties par le président du XIII Catalan Marcel Laborde. Autre échec notable, celui de Nantes dont le la candidature avait pourtant été acceptée par la Ligue durant son congrès 1937, mais qui renonce faute de joueurs et de terrain.

La seule aprtie de néo-rugby disputé à Nice (Stade du Ray) avant guerre

Double percée dans l’Aude

Durant la première moitié 1938, les prises de guerre s’enchaînent. D’abord, début mars, le Stade Union Cavaillonnais passe à XIII, son Stade Lombard avec. Cavaillon et son club n’ont pas la renommée des autres fiefs treizistes, mais permettent au mouvement de mettre un pied en Provence, avant – peut-être – de prendre d’assault Marseille. A l’occasion de son premier match de championnat contre Côte Basque, les records d’affluence et de recette de la ville sont battus

Sa tête de pont acquise en Provence, la Ligue s’attaque ensuite au cœur du rugby français: le Languedoc

Le Stade Cassayet de Narbonne

Début avril 1938, Marcel Laborde obtient de la Société Immobilière qui détient le le Stade Cassayet, où évolue habituellement le RC Narbonnais, d’y faire disputer le quart finale de coupe entre Bordeaux et le XIII Catalan. La suite n’est que trop logique. La FFR annonce dans la foulée la disqualification du stade. Privé de terrain, Narbonne est contraint de passer à XIII s’il veut poursuivre son existence. Le passage du Racing, Champion de France à XV en 1936 , chez les dissidents professionnels est un coup de tonnerre. En attendant les débuts de Narbonne XIII, Cassayet se voit confier une demi finale de Coupe de France entre Bordeaux et le XIII Catalan. Le stade est « plein à craquer », la recette est de 75 000 francs.

Quelques jours après l’annonce choc venue de Narbonne, une seconde lame vient frapper les esprits fédéraux. Le 10 mai 1938, l’AS Carcassonnaise décide également son passage à XIII. Les maigres recettes de la saison passée et les incessants conflits avec la FFR sont au cœur de la décision. Malgré la protestation d’une partie des membres de l’ASC qui souhaitent rester dans le concert fédéral, un premier match avec 13 joueurs dans chaque camp se dispute le 29 mai 1938 au Stade de la pépinière (actuel Stade Domec) entre Hunslet, champion d’Angleterre en tire et Albi, vainqueur de la Coupe Lord Derby.

Le futur Stade Amédée-Domenech

Enfin, le 10 juin, Brive tombe à son tour. Le Président du CA Brive en lutte contre la FFR suite au déclassement de son équipe fait passer le CAB et son Stadium dans les mains du néo rugby. Comme à Carcassonne, le club doit lutter contre une fronde menée par une partie de ses membres. La dispute se terminera devant les tribunaux à l’avantage des adeptes du XIII.

Avec ces quatre nouvelles recrues, la ligue peut de nouveau compter pour la saison 1938-1939 sur des effectifs complets (14 clubs) comme trois ans plus tôt.

Lescure et la victoire totale

En octobre 1938, Bordeaux XIII inaugure pour la réception de Villeneuve un nouveau terrain treiziste : le Parc Lescure. 8 000 supporters girondins s’y retrouvent pour l’occasion. Quelques mois plus tard, le 16 avril 1939, le XIII de France y fait ses débuts contre le Pays de Galles. La recette est exceptionnelle, plus de 300 000 francs, elle est presque égale à celle du jour d’inauguration durant la Coupe du Monde de Football l’année précédente. Plus de 25 000 spectateurs sont présents à l’événement, c’est un nouveau record pour un match de XIII en France (3).

La finale du championnat 1939 entre Roanne et Villeneuve se déroule également à Lescure. L’occasion de nouveaux records d’affluence (19 100 spectateurs, dont 15 800 payant) et de recettes (220 000 francs, soit mieux que n’importe quelle autre affiche de rugby de clubs cette année là, XV et XIII confondus).

La guerre des terrains est définitivement perdue par la FFR. Elle ne cherche même plus à imposer un interdit sur Lescure ou les autres grands stades municipaux utilisés par le néo-rugby (Gerland, Vélodrome…). Si elle le faisait, la décision désormais se retournerait à coup sur contre elle. D’ailleurs, en septembre 1937, elle avait fait ajouter cette précision à ses règlements. Quelques mots qui en réalité changent tout.

« Tout terrain sur lequel sera disputé un match de rugby professionnel pourra être interdit par la Fédération Française de Rugby après avis du Comité Régional intéressé« 

Seule ombre à ce tableau de victoires, Dax XIII est dissout en novembre 1938 après neuf défaites rang. Son stade est démembré, la tribune en bois partira chez les voisin de Saint-Paul-les-Dax

Lescure nouveau fief treiziste (France – Pays de galles, 1939)

Dernière passe d’armes avant la nuit

La désormais riche collection de stades de la Ligue est couronnées durant les dernières semaines de la saison 1938-1939 par deux nouvelles conquêtes.

A Toulouse d’abord, où le TO profite des déboires du TOEC pour occuper le parc des sports du club, le Stade Chapou qu’il compte partager avec le Toulouse FC. L’ancien terrain du club toeciste est le mieux aménagé des grounds de la cité rose avec celui du Stade Toulousain aux Ponts-Jumeaux. C’est d’ailleurs à Chapou que s’était disputé la Coupe du Monde de Football à Toulouse l’année précédente.

Le 21 mai 1939, la finale de la Coupe de France entre le XIII Catalan et le Toulouse Olympique s’y dispute. C’est la troisième finale de coupe organisée à Toulouse et le troisième stade différent utilisé. Plus de 15 000 supporters assistent à cette première du néo-rugby à Chapou conclue sur la défaite des locaux (3-7). La recette est de 1350 000 francs, presque autant que les deux matchs du Mondial qui s’y sont disputés en 1938.

Avec Chapou; le mouvement treiziste décroche enfin le grand stade sur les bords de la Garonne qu’il convoitait depuis 1934.

« Il s’agit d’un gros succès pour le rugby à XIII à Toulouse. Il faut insister sur les heureuses conséquences qu’aura pour son développement le fait de jouer désormais sur le terrain du TOEC » M. Rosemblat, président de Bordeaux XIII

Le butin des treize en cette année 1939 ne s’arrête pas à l’ex Parc des Sports du TOEC. A Perpignan, Marcel Laborde et le XIII Catalan arrivent enfin, 5 ans après la création du club, à leurs fins en délogeant l’USAP du Stade Jean Laffon. Le 8 Octobre 1939, le XIII Catalan effectue ses débuts à Jean Laffon à l’occasion de la réception du Toulouse Olympique

A la mi-août, la Ligue organise son congrès annuel. Les recettes sont bonnes et en nette hausse: 3.4 MF, contre 2.1 MF l’année précédente. Une tournée des Néo-Zélandais est prévue pour l’hiver. Le nombre de clubs n’a jamais été aussi élevé. Une nouvelle compétition nationale d’Excellence est prévue pour les clubs amateurs (2 poules de 9). On évoque deux grand clubs quinzistes qui rejoindraient les rangs professionnels pour la reprise à l’automne…

Le 3 septembre 1939, la Guerre, la vraie, est déclarée.

Le Stade Jean Laffon

(1) Pansera sera retrouvé mort assassiné en 1938 devant sa maison. Il aurait été tué par des membres de la mafia marseillaise pour son rôle dans le traffic d’armes. Il semblerait qu’il ait utilisé le club de Lyon-Villeurbanne comme une facade pour ses dangereuses affaires.

(2) Contrairement, à ce qu’il est généralement cru. Ni le club, ni la Ligue n’était propriétaire du terrain. Seul les aménagements (tribunes, etc.) étaient bien la propriété de la LFRXIII.

(3) La ligue souhaitait capitaliser sur ce succès bordelais, les deux matchs internationaux prévus en 1940 contre l’Angleterre et le Pays de Galles auraient également du se disputer à Lescure


Source (1) : Rugby à XIII, Le Plus Français du Monde, Louis Bonnery
Source (2) : The Forbidden Game, Mike Rylance
Source (4) : Gallica, retronews.


Pour en savoir plus

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Comments

  1. Si vous êtes arrivé au bout de cet article, déjà félicitations. Ensuite, vous vous demandez peut-être quelle est l’image d’en tête ? C’est une photo du public qui fait le pied de grue devant Buffalo après l’annulation du match de Paris XIII

    C’est un peu énigmatique comme ça, mais je n’ai pas trouvé meilleure illustration de la période 🙂

  2. Très bon article, comme les autres ! Il y a une petite erreur sur la photo légendée comme étant le futur stade Amédée-Domenech. Il s’agit en fait du stade Gaëtan-Devaud, un autre stade de Brive, qui existe toujours d’ailleurs.

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