Une histoire du sport à la TV: le hockey

Comme pour tous les sports collectifs qui ne s’appellent pas le football ou le rugby, l’histoire entre le hockey sur glace et la télévision est disons… compliquée.

Une fois tous les quatre ans

1968. An zéro. L’histoire du hockey à la télévision française débute avec les Xe Jeux Olympiques d’Hiver de Grenoble. Pour quelques millions de Français, c’est la découverte d’un nouveau sport accompagné par la voix de Léon Zitrone. Le hockey sur glace n’est encore qu’une toute petite chose connue que de quelques rares privilégiés. La France ne compte encore qu’une poignée de clubs, les jeux de Grenoble deviennent l’occasion d’une première percée dans le paysage national.

Les célébrations olympiques achevées, des patinoires apparaissent un peu partout en France, des clubs de hockey suivent mais plus rarement les caméras de télévision. Le Hockey est un sport que le grand public se plait à redécouvrir tous les 4 ans durant les Jeux Olympiques. Parfois quelques rares matchs de championnat ou de Coupe d’Europe s’échappent des grilles du service public. Un ou deux par an. Quand on a de la chance.

En 1986, la France est de nouveau choisie pour accueillir les Jeux Olympiques d’Hiver, cette fois-ci, direction la Savoie et la petite ville d’Albertville. Bonne nouvelle: l’équipe de France de Hockey est qualifiée pour le rendez-vous olympique! Cela ne lui était pas arrivé depuis… 1968 *.

Pourtant à l’approche de la grande messe savoyarde rien ne change encore pour le hockey français: « depuis la désignation d’Albertville, les chaines ne bougent pas. Aucun match des prochains championnats du monde groupe B à Oslo n’est programmé ! » se désole en 1989 André Ville, DTN adjoint en charge du hockey sur glace.

Porté par des succès inespérés sur la Glace (quart de finaliste après avoir battu la Suisse et la Norvège durant le premier tour), le hockey réussit néanmoins une percée médiatique tout aussi inattendue durant les Jeux. 5.2 millions de téléspectateurs se réunissent pour le quart de finale contre les Américains (défaite 1-4). Evidemment, on avait pas fait mieux avant et on a pas fait mieux depuis. Le hockey français déchantera rapidement. Dès les mondiaux suivant au mois d’avril 1992, les rencontres des Bleus sont reléguées en différé sur FR3 après minuit.

 

La Fédération Française des Machins de Glace

Mais plus que le hockey, le patinage artistique est la véritable star de ces jeux 1992. Suria Bonaly ou le couple de danseurs Paul et Isabelle Duchesnay passionnent la France, jusqu’à 15 millions de téléspectateurs. Deux ans plus tard à Lillehammer, le succès du patinage se confirme. Plus de 16 millions de Français assistent au programme libre dame alimenté par la rivalité entre Nancy Kerrigan et Tonya Harding. Soit la meilleure audience de l’année, tous programmes confondus.

Ces chiffres aiguisent nécessairement l’appétit des grands groupes audiovisuels, TF1 en tête qui signe dans la foulée des Jeux de 1994 un contrat de 5 ans avec la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG) pour 75 millions de francs (11.5 M€). Le contrat porte sur l’ensemble des trop nombreux sports que gèrebt la fédération, puisque dans sa grande clairvoyance, elle n’a pas souhaité dissocier ses disciplines. Le hockey prend avec les autres la direction de la première chaîne d’Europe. Quelques rencontres de hockey sont diffusées dans le cadre de l’émission Minuit Sport, au début. Puis, rapidement, plus rien.

Exclusivité oblige, le hockey français perd dans le même temps ses quelques éclaircies médiatiques sur le service public. Même les panneaux de résultats disparaissent de Stade 2. Le hockey français plonge dans la nuit médiatique. Albertville est déjà oublié.

« J’avais prévenu le président de la FFSG Bernard Goy qu’il ferait une erreur en se coupant de deux chaines. Il y a eu sorte de mesure de rétorsion. Quand un sport se tire une balle dans le pied, c’est très cynique, mais ça arrange les décideurs. » Laurent Bellet, journaliste du service public

Enfin débarrassé de cet encombrant contrat avec TF1, le hockey français profite de l’apparition de nouvelles chaînes thématiques sur le satellite pour gagner une visibilité inédite. Début 1999, la Ligue de Hockey sur Glace – qui a la charge la gestion de la première division – s’engage pour trois ans avec la nouvelle chaîne satellite AB Sport, la chaîne de tous les sports, pour diffuser 15 à 25 matchs par saison. Jamais, le hockey français ne signera un meilleur accord…

Et pourtant non. Tout cela ne plait pas à l’immense, le génial, Didier Gailhaguet, devenu président de la FFSG et qui a visiblement des idées arrêtées sur ce qu’est le hockey et sur ce qu’il vaut. « Nous ne le braderons pas » dit-il. Ok. Le contrat avec AB sports est rompu, et la FFSG charge… Bernard Goy, l’ancien président de lé fédération, de négocier un nouveau contrat. Ses compétences pour mener une telle tâche ? Aucunes, bien sûr. Quelle question idiote.

Résultat de l’opération: un seul match est diffusé en 1999 par AB Sports devenu Pathé Sport, même chose l’année suivante. En avril 2001, Pathé sport signe un accord pour la diffusons de 8 à 10 rencontres par saison, deux fois moins que ce qui était prévu dans l’accord de 199. Merci la FFSG, du fond du cœur, vraiment. Le hockey français vous doit tant.

Pathé Sport racheté par le Groupe Canal, devient Sport+ en 2002. Le hockey français y reste fidèle. Pas qu’il n’ai réellement le choix. Bon an, mal an, entre la Ligue Magnus et l’Equipe de France, une dizaine de matchs sont diffusés chaque année. Les dirigeants du hockey produisent eux-mêmes les images. Condition sine qua none pour pouvoir être diffusé.

Tout change pour que rien ne change

Jour de grâce. Le 29 avril 2006, le hockey français se libère enfin de l’asile de fous connu sous le nom de FFSG. Dans la foulée, la toute nouvelle fédération signe un contrat avec Sport+ lui assurant 10 rencontres saison. Le montant des droits ? 10 000 euros par match … à payer par la Fédération Française de Hockey sur Glace (FFHG) au titre des coûts de production.

Asile de fous ou pas, les diffuseurs ne sont guère plus intéressés par le hockey qu’ils ne l’étaient du temps de la FFSG. Seul Sport+ se présente à la porte de la FFHG. La chaîne est pourtant très loin de considérer le hockey comme un produit premium. Même l’Equipe de France, même pendant les championnats du Monde, doit parfois se contenter de diffusion en différé.

La filiale du groupe Canal+ a le mérite d’exister cependant et de garder vivante la flamme du hockey vivante sur une chaîne nationale. Pour le reste, le hockey français se tourne vers les chaines locales qui assurent la médiatisation de quelques gros clubs comme Epinal sur Vosges Télévision ou des Brûleurs de Loups sur Télé Grenoble.

Le mirage du clair

En 2013, près de 15 ans après son premier contrat sur AB sport, le hockey français quitte le le giron de AB/Pathé/Sport+ et passe chez l’Equipe 21. La chaîne diffusée sur la TNT s’engage à diffuser une demi douzaine de rencontres en clair (3 matchs de l’équipe de France, la Finale de la Ligue Magnus, le Winter Game et la Finale de la Coupe de France) ainsi qu’un un match par semaine sur une plateforme web payante. Pour le hockey français, ces quelques matchs sur une chaîne de la TNT disponible pour tous sont une incroyable opportunité. Mais cela à un coût: l’exclusivité, les diffusions sur les chaînes locales cessent.

Le partenariat entre l’antenne du Groupe Armaury et la fédération est renouvelée en 2015. On monte en gamme avec la diffusion d’un match de saison régulière par mois le samedi en direct à 15h ainsi que des rencontres décisives des phases finales et des rencontres internationales. Le président de la FFHG Luc Tardif se montre confiant et estime que ce contrat « va renforcer l’exposition de la discipline, notamment dans la perspective du Championnat du monde qui aura lieu à Paris en 2017. »

La finale de la Coupe de France 2015 sur l’Equipe permet au hockey de retrouver des audiences plus vues depuis 15 ans avec 160 000 téléspectateurs. L’année suivante, la finale 7 du championnat s’offre un pic à 267 000 spectateurs. Malgré ces chiffres honnêtes, la chaîne renâcle à assumer sa part du contrat. Durant la saison 2017-2018, plus aucun match de phase régulière n’est diffusé, seule les matchs de la finale du championnat le sont.

L’accord qui avait levé tant d’espoir en 2013 vire au désastre. Luc Tardif ne cache pas sa satisfaction à la fin du contrat: « On va finir la saison avec eux et après plus jamais. A un moment on était très content d’avoir ce contrat, aujourd’hui on est très content d’en partir. »

Sans contrat avec l’Equipe, sans recours possibles puisque Sport+ n’existe plus, la Ligue Magnus s’engage dans la saison 2019-2020 sans diffuseur télé, une première depuis les années 90. Près de 30 ans après Albertville, le constat de l’échec du hockey sur glace à la télévision semble cruel.

 


*La France se qualifiera entre-temps pour les Jeux de Calgary

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