La difficile naissance du rugby à XIII à Toulouse

A Toulouse, les premiers pas du rugby à XIII ont été hésitants. Absent de la première saison du championnat de France en 1934, le néo-rugby ne s’enracinera dans la ville rose qu’à la fin des années 30. (Cet article est composé de paragraphes déjà publiés ici, ici et et complétés de plusieurs ajouts)

Le dernier objectif

Sitôt la première réussie du rugby à XIII en France au Stade Pershing où Anglais et Australiens on pu démontré au public parisien toutes les qualités du néo-rugby, Jean Galia parcoure la France pour convaincre joueurs et clubs de le rejoindre dans l’aventure de ce nouveau rugby. Avec succès: Villeneuve, Albi, le Pays Basque, Bordeaux, Lyon, Paris fondent des clubs treizistes. Bientôt, toute la carte de France rugbystique est recouverte. Seule une ville manque: Toulouse.

Les projets ne manquent pas pourtant. La grande cité occitane regorge de petits clubs vivotant dans l’ombre du Stade toulousain ou du TOEC et qui pourraient facilement être convaincus de tenter leur chance à treize. On évoque aussi la fondation d’un nouveau club qui pourrait porter le nom de Pyrénées Sporting Club. Au mois d’août 1934, les derniers détails du premier championnat de France de rugby à XIII sont arrêtés. Douze clubs doivent y participer, mais aucun venu de la ville rose.

La capitale du Midi reste au cœur des ambitions treizistes, celles de Jean Galia, notamment qui considère la ville comme un objectif à atteindre « coûte que coûte ».

« Le jour où nous posséderons un terrain à Toulouse, le néo-rugby connaîtra rapidement dans tout le midi une vogue formidable. C’est notre dernier objectif. » Jean Galia

Galia n’espère pas uniquement installer un club professionnel à Toulouse, il souhaite également y faire disputer de grands matchs internationaux. Depuis novembre 1934, il a ainsi en tête d’organiser une Coupe du Monde de rugby à XIII en France. Toulouse pourrait être de la partie, il projette même de construire pour l’occasion une enceinte de 20 000 places sur le site du Parc Municipal des Sports (le Stadium n’a pas encore été construit).

Le Gallia Club de Toulouse (1)

La Coupe du Monde souhaitée par Galia n’aura pas lieu, le stade de 20 000 places au Parc des Sports non plus. Les taxes demandées par la ville pour l’installation d’un stade et d’un club y auraient étaient trop importantes.

Mais les Treize obtiennent dans le même le bail du Stade Jacques Thomas situé rue Adonis dans le quartier des Minimes. Son propriétaire, le Gallia Club de Toulouse vote dans la foulée le 2 mars 1935 son passage à XIII et devient le premier club de néo-rugby professionnel de la ville rose près d’un an après la naissance de la Ligue Française de Rugby à XIII.

L’équipe du Gallia Club en 1926

La fédération se charge des premiers aménagements, en construisant notamment une nouvelle tribune de 2 000 places assises et couvertes. Elle obtient également qu’un service de tramway soit mis en place les jours de match. Le 10 mars 1935, une première grande rencontre se déroule sur le ground du Gallia Club avec le quart de finale de Coupe entre Villeneuve et Bordeaux. La recette est de 72 000 francs. Visiblement, la fédération est satisfaite du résultat:

« Le succès a dépassé toutes nos espérances. Plus de 15 000 spectateurs ont assisté à cette partie qui fut un véritable triomphe. Les réactions furent plus que favorables . Les gens se trouvaient littéralement emballés par la beauté du spectacle » Charles Blein, extatique secrétaire de la Ligue

Cette première plus que réussie, de nouveaux aménagements sont conduits par la Ligue afin d’accueillir jusqu’à 8 000 spectateurs en tribune. La Coupe de France fait de nouveau halte à Jacques Thomas en avril pour une demi-finale, puis surtout à l’occasion de la finale le 5 mai 1935 entre Lyon et Perpignan. Ces deux matchs ont pourtant moins de succès que le quart de finale inaugural ne réunissant guère plus de 5 000 spectateurs.

Accompagné de trois autres néophytes (Dax, Agen et Périgueux), le Gallia s’avance pour le championnat 1935-1936. Mais après seulement deux rencontres perdues à l’extérieur à Roanne et à Bordeaux, le club déclare forfait avant même sa première rencontre au Stade Jacques Thomas. La chute de Toulouse devient le premier grand échec du mouvement treiziste français.

Pourtant, il y a un public à Toulouse pour le néo-rugby comme le prouve le match amical entre Villeneuve et Leeds qui y est organisé en 1936 devant 5 000 spectateurs (38 000 francs de recette). Quelques autres affiches de championnats ou de coupe sont également disputés à Jacques Thomas pour maintenir la flamme du XIII vivante, mais le Gallia Club ne repartira pas chez les pro et Jacques Thomas sera abandonné par les Treize.

Le Toulouse Olympique

Le Gallia continue son activité sous un nouveau nom: les Gallia Boys XIII. D’autres amateurs toulousains pratiquent au sein des All Blacks. A l’initiative de Jean Galia et de la Ligue, les quelques forces treizistes de la ville se regroupent en octobre 1937 au sein d’un nouveau club qui doit disputer le championnat 1937-1938: le Toulouse Olympique.

Le Stade Arnauné le jour de son inauguration

L’équipe trouve refuge sur le Stade Arnauné dont les frères Paul et Gabriel sont propriétaires (2). Comme elle avait fait deux ans plus tôt à Jacques Thomas, la Ligue se charge des aménagements de la nouvelle acquisition treiziste.

Le Stade Arnauné est inaugurée le 19 décembre 1937 à l’occasion d’un match de sélection devant 10 à 15 000 spectateurs. Le 9 janvier 1938, le Toulouse Olympique y fait ses débuts en championnat. Les Minimes accueillent également la finale de la coupe 1938. L’affluence est très bonne, la recette également (90 000 francs) alors qu’au même moment se décide aux Ponts-Jumeaux la finale des Quinze.

Le Parc des Sports du TOEC

Le Parc des Sports du TOEC dans les années 30

Reste que les Minimes ne suffissent pas aux ambitions treizistes à Toulouse. La ville dispose alors de deux grands stades: les Ponts-Jumeaux, propriété du Stade Toulousain et le Parc des Sports du TOEC (Toulouse Olympique Employés Club) où s’était disputé la Coupe du Monde de Football à Toulouse l’année précédente.

En 1939, le TOEC est justement en plein déchirement, une partie de ses membres le quitte pour rejoindre le Stade Toulousain. Le propriétaire du terrain Charles Mortera obtient de la Fédération Française de Rugby la résiliation du bal qui le lit à elle. Désormais libre de faire ce qu’il entend de son stade, Mortera le propose à la Ligue Française de Rugby à XIII

Le Stade Toulousain aussi s’était proposé pour ce match. L’histoire du XIII en France aurait pu en être chamboulée

Le 21 mai 1939, la finale de la Coupe de France entre le XIII Catalan et le Toulouse Olympique s’y dispute. C’est la troisième finale de coupe organisée à Toulouse et le troisième stade différent utilisé. Plus de 15 000 supporters assistent à cette première du néo-rugby conclue sur la défaite des locaux (3-7). La recette est de 1350 000 francs, presque autant que les deux matchs du Mondial qui s’y sont disputés en 1938.

Avec ce nouveau terrain le mouvement treiziste décroche enfin le grand stade sur les bords de la Garonne qu’il convoitait depuis 1934.

« Il s’agit d’un gros succès pour le rugby à XIII à Toulouse. Il faut insister sur les heureuses conséquences qu’aura pour son développement le fait de jouer désormais sur le terrain du TOEC » M. Rosemblat, président de Bordeaux XIII

Le Toulouse Olympique annonce quitter les Minimes pour les Ponts-Jumeaux et le désormais ancien terrain du TOEC. Un terrain dont le club ne profitera guère. Le 3 septembre 1939, la Guerre est déclarée.

Désormais interdit de pratiquer le XIII, le Toulouse Olympique se fait quinziste et reprend le chemin des Minimes et du Stade Arnauné. L’ancien Parc des Sports du TOEC est laissé à l’abandon avant d’être réquisitionné par les autorités militaires qui lui donne du Général Charles Huntziger, signataire de l’Armistice de juin 1940. Les offres de rachat de nombreux clubs, dont celle du TO qui aurait proposé 2 millions de francs, ne sont pas retenues (3) .

Malgré ce retour aux Minimes, les Olympiens évoluent une dernière fois en 1944 sur l’ex Parc des Sports du TOEC.

 

 


(1) Gallia n’a ici rien à voir Jean Galia, il s’agit simplement du nom en latin de la Gaule, un terme que l’on retrouvait dans de nombreux noms de clubs à l’époque. </ div> (retour)

(2) Contrairement à ce qu’il est généralement cru. Ni le club, ni la Ligue n’était propriétaire du terrain. Seul les aménagements (tribunes, etc.) étaient bien la propriété de la LFRXIII, comme le prouve ce document du bulletin municipal de la ville. (retour) </ div>

(3) Si l’on en croit l’histoire officielle du XIII en France, le ‘rugby à XIII aurait été spolié’ dans son intégralité. Visiblement ce n’était pas le cas du club toulousain… </ div> (retour)

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