Panorama des droits TV en Europe

Pendant que la France entière parle du montant des nouveaux droits TV de la Ligue 1, j’ai envie d’évoquer ceux du hockey en Allemagne ou ceux du basket en Espagne. Ok, pas que.

Le Big Five

1  milliard (etc.), donc. La Ligue 1 vient de rejoindre le club privé des milliardaires. Elle y retrouve la Premier League qui a fondé le club en 2012, la Liga et la Bundesliga récemment admises. Pour la Serie A, on ne sait pas trop, c’est l’Italie, c’est compliqué.  Mais enfin, ce n’est sans doute qu’une question de temps.

A l’horizon 2020, la somme des droits domestiques de ces cinq championnats devrait dépasser 6 milliards d’euros. Lorsque l’on rajoutera les droits internationaux, la barrière des 10 milliards devrait également être franchie. En 2000, l’ensemble des droits de ces championnats représentait un peu plus d’un milliard d’euros, soit des montants décuplés en 20 ans.

A un échelon inférieur, on retrouve la Turquie qui a récemment vendu les droits de la Süper Lig pour environ 550 M€ par saison , soit un contrat multiplié par 4 depuis 2010 et qui a propulsé le championnat turc dans une nouvelle dimension, mais sans toutefois combler le retard avec les cinq championnats principaux.

Le football ailleurs

Dès que l’on quitte le Big Five (et la Turquie), les droits TV s’effondrent, ne dépassant nulle part la barre des 100 M€.

Si ces droits sont généralement en croissance, il augmentent cependant moins vite que dans les pays déjà plus riches. Par exemple, si la Jupiler League a quintuplé ces revenus audiovisuels en 20 ans (de 15 à 76 M€), ceux de la Ligue 1  ou de la Premier League ont été multipliés par 10 dans le même temps.

Par ailleurs, ces championnats ne peuvent pas compter sur l’apport de droits internationaux, inexistant ou presque et sont même souvent concurencés dans leur propre pays par ces mêmes droits internationaux. C’est particulièrement le cas dans les pays nordiques et par la Premier League. En Norvège, les droits du championnat anglais s’échangent déjà pour une somme supérieure à ceux de l’Eliteserien (58 M€ contre 40 M€), en Suède les sommes sont identiques (49 M€ et 50 M€ respectivement).

De fait, la dépense par habitant est nettement inférieure dans ces championnats que dans les plus grands championnats: Moins de 6€ par habitant, alors que cette moyenne est de 19.5€ par habitant du Big Five.

La dépense par habitant est encore plus faible si on intègre les pays est-européens (Pologne, Roumanie, Ukraine, Russie). Les conditions économiques et démographiques, les habitudes de consommation, le manque de concurrence locale, le désintérêt des grands groupes mondiaux et des taux de change défavorables expliquent ces grands écarts. Reste que l’on peut être surpris de voir les droits TV du petit Danemark (5.5 M d’habitants) être deux fois supérieurs à ceux de l’immense Russie (146 M) .

En matière de droits TV, la division Est/Ouest subsiste toujours. Les Anglais dépassent ainsi par habitant 300 fois plus que les Ukrainiens (qui certes, ont d’autres priorités pour l’heure).

Au delà de ces pays, la taille du marché domestique limite le montant des droits qui ne dépasse plus les 5 M€. Les télévisions tchèques dépensent ainsi un peu moins de 4M€ pour diffuser la Het Liga (13ème au classement UEFA), quant à la Prva Liga croate (16ème), elle doit se contenter d’environ 1.5 M€ par saison.

Il n’y a pas que le foot dans le sport

Parmi les autres sports diffusés à la TV (si, ça existe), deux se détachent nettement, le rugby (XV et XIII) et le hockey sur glace.  Dans le cas  du hockey (et dans une moindre mesure du rugby celte), le sport profite d’une popularité qui peut par endroit dépasser celle du football pour afficher des droits TV inaccessibles dans d’autres conditions.

*Non compris les droits sud-africains (6 M£)

Ici, même les secondes divisions ont une valeur audiovisuelle et peuvent jouir de leur propre contrat. C’est ainsi le cas de la Pro D2 (6 M€) ou de la deuxième division suédoise de hockey (Hockeyallsvenskan, 3 M€).  Un championnat relativement mineur, comme la DEL allemande, parvient à atteindre 4 M€.

Un mot sur les Iles Britanniques, qui outre le montant record des droits de la Premier League, se démarque par la triple présence ici de la Premiership, de la SuperLeague et du Pro 14. Un tableau auquel on pourrait rajouter le cricket (220 M£, mais principalement lié aux matchs internationaux), et les sports gaéliques dont les droits sont vendus aux télévision irlandaises pour 11 millions d’euros. Les Iles britanniques détiennent ainsi 5 des 10 plus gros contrats télévisuels européens hors football. De là, à en conclure de l’incroyable vitalité du marché britannique ou de la misère continentale, je vous laisse juge…

Et du côté de Cosette ?

Pour le basket, qui se pense généralement comme un sport majeur en Europe, la douche est froide. Au mieux, les droits domestiques tournent autour de 10 millions d’euros (France, Turquie, Espagne) et ne dépassent pas 3M€ dans le cas de l’Allemagne, ni même celui de l’Italie où la balle orange est pourtant le deuxième sport le plus populaire.

Mais…mais… l’Euroleague me direz-vous. Certes, les dirigeants annoncent régulièrement des revenus audiovisuels en hausse (34 M€ pour la saison écoulée), mais, on doit aligner bout à bout 9 pays pour arriver à égaliser les droits audiovisuels du hockey suisse. Pas de quoi se réjouir outre mesure.

Il est tout de même remarquable qu’un sport comme le basket, sans doute le deuxième en popularité sur le continent, soit incapable de générer des revenus audiovisuels au moins équivalents à ceux d’un sport comme le hockey dont la popularité est surtout confinée à des pays qui ne dépassent pas 10 millions d’habitants (en dehors de la Russie).

Le handball, lui, soutire à peine 5 M€ à ses diffuseurs pour ses deux championnats majeurs (4 M€ pour la Lidl Starligue et 2.5 M€ pour la Bundesliga), et les 0.7 M€ recueillis par la Liga Asobal ne représentent qu’une maigre obole. Les trois réunis valent moins que les droits d’un seul match de de Premier League (~ 10.5 M€). Ou pour le dire autrement: Burnley-Bournemouth > Le handball.

Quant au volleyball, la décence voudrait que l’on ne l’évoque pas. La Superlega, son championnat phare, ne vaut aux yeux de son diffuseur, la Rai, qu’environ un million d’euro, dont la moitié consacrée aux frais de diffusion. En France, les droits s’élevaient jusqu’à peu à quelques dizaines de milliers d’euros par saison aussi bien pour le championnats masculin que féminin.

On pourrait pousser l’exploration plus loin. Mais que ce soit le floorball en Suède, le rink hockey au Portugal, le futsal en Espagne ou le water polo en Italie, il est plus que probable que les sommes en jeu (si somme il y’à) sont tout à fait accessoires, et dans tous les cas, loin, tellement loin du nombre qui a fait la une des médias français ces derniers jours.

 


Note (1) : La non présence de la Liga NOS dans cet article n’est pas le fruit d’un complot visant à masquer les forces du foot portugais, mais du fait de la difficulté de connaitre le montant des droits TV dans ce pays puisque chaque club est libre de ses droits. Les trois grands reçoivent chacun plus de 40M€ par an dans des deals où se mêle droits TV, exploitation du stade et sponsoring.

Note (2) : La plupart des chiffres cités ici sont issus de la presse. Il est possible que certains chiffres ne soient pas exacts à la virgule près. C’est un panorama, pas une étude scientifique. Tak.

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