Le Vél d’Hiv avant le Vél d’Hiv

Avant le Vélodrome d’Hiver, celui construit en 1910 et connu de tous pour de bonnes ou de mauvaises raisons, le Vél d’Hiv a connu de nombreuses itérations, toutes plus ou moins éphémères

Une première d’une semaine

A partir des années 1870, la France se couvre d’étranges anneaux en terre ou macadam. Sur ces pistes des gens d’un certain âge semblent s’amuser à faire des tours sans fin sur leurs drôles d’engins vélocipédiques. Ces anneaux rudimentaires s’habillent petit à petit de lattes en bois ou de piste cimentée, leurs virages s’inclinent, les vitesses augmentent et des champions commencent à se mettre en valeur. Le mot ‘vélodrome » rentre dans le vocabulaire du sportsman naissant.

L’un des très rares article évoquant cette  première piste couverte.

Certes, tout cela est juste et bon, mais lorsqu’il est question de faire tourner des bicyclettes autour d’un anneau, les intempéries deviennent rapidement un problème. Faire la même chose, mais à l’abri de la pluie et des giboulées, ne serait-ce pas là pas l’idée du siècle ?

En octobre 1890, une première piste couverte est installée dans l’ancien Palais des Arts Libéraux de l’Exposition Universelle de 1889. Evidemment, ce palais n’avait pas été pensé une seule seconde pour accueillir un tel équipement. On doit composer avec l’architecture. Les 4 grands piliers qui supportent le dôme impose à la piste – plate et en macadam – une forme particulière sans ligne droite ou presque qui lui donnera son surnom de « boite à violon ».

 

Cette piste en plus d’être la première du genre en France et sans doute en Europe* est également la plus éphémère de l’histoire. Son exploitation dure à peine 8 jours ! L’une des raison est la présence massive de bookmakers au cœur même de la piste provocant de nombreux incidents. La Préfecture de Police doit intervenir, et la concession du vélodrome est retirée. Ce sera la première et dernière tentative d’introduction des paris publics sur une piste parisienne.

D’un Palais à l’Autre

Deux ans plus tard, une nouvelle expérience voit le jour toujours sur le site de l’ancienne Exposition Universelle mais cette fois-ci à la Galerie des Machines. Avec sa piste de 400m en bois et ses virages relevés de 25%, ce nouveau vélodrome impressionne. Comble de la modernité, la piste est également éclairée de manière électrique. Le journaliste Paul Meyan en est le directeur. C’est de cette époque, que l’expression Vélodrome d’Hiver, ou Vél D’hiv devient couramment utilisée.

La piste est officiellement inaugurée le 19 décembre 1892. Une foule assez incroyable pour l’époque de 3000 personnes participe à l’événement.  Ce vélodrome couvert permet toute sorte d’excentricités nouvelles que les circuits en extérieur rendaient impossibles, notamment une course de 1000 kilomètres entre Terront et Corre qui fera parler pendant deux jours entier.

Malheureusement, la concession du vélodrome n’est pas renouvelée et la piste ne survit pas à son premier hiver.

Pour retrouver une nouvelle piste couverte, il suffit de traverser de nouveau le Champ de Mars. Après la Galerie des Machines, nous revoilà aux Arts Libéraux dont la seconde piste de 333.33 m ouvre le 26 novembre 1893. Jamais à Paris, on avait alors vu une piste avec de tels virages. Dès la saison suivante, la piste est modifiée et agrandie. La première piste de la Galerie des Machines avait duré huit jours, celle-ci restera en service quatre ans jusqu’en 1897.

Pour la petite histoire, les cyclistes côtoieront un temps aux Arts Libéraux les pelotaris qui durant le printemps 1895 occuperont une autre galerie du Palais.

Edouard Marchand, directeur des Folies Bergères, en devient le premier directeur. En 1895, Henri Desgrange qui fera par la suite construire le Vél d’Hiv Rue Nélaton et donnera naissance au Tour de France, prends sa succession en 1895.

Des simples tours de piste au retour des marathons de 1000 km, toutes sortes de course s’y tiennent. Les plus grands champions français et étrangers y figurent régulièrement. On innove également avec par exemple le Match du Brassard crée en 1896 pour les courses de Noel ou une course de huit jours totalisant 52 heures de compétition.

Un club, l’Omnium-Club, est même crée pour faire vivre le vélodrome.

Pourtant tout cela allait avoir une fin. Paris étant de nouveau hôte de l’Exposition Universelle en 1900, les anciennes installations restantes de 1889 doivent disparaître pour laisser place à un nouveau barnum. Le Palais des Arts Libéraux et sa piste sont ainsi démolis en 1897. 

Aux Arts Libéraux, on courait également des courses de triplette.

Retour aux Galerie des Machines

A peine la fermeture du vélodrome des Arts libéraux officialisée, les rumeurs fusent d’un retour du Vél d’Hiv à la Galerie des Machines. Les plus optimistes annoncent la réouverture dès la saison suivante.Mais la Galerie est déjà réservée pour toute sorte d’expositions et l’Etat qui en est le propriétaire ne fait pas du cyclisme une priorité.

La Galerie des Machines est pourtant la seule sur Paris assez vaste pour accueillir un tel équipement. Parmi les autres options envisagées, on pense à la couverture du Vélodrome de Buffalo, mais les autorités militaires dont un terrain jouxte le vélodrome l’interdisent. On espère également que l’Expo 1900 léguera un édifice assez grand pour y faire construire une nouvelle piste. Malheureusement, même le Grand Palais n’a de grand que le nom. En tout cas, grand il ne l’est pas assez pour accueillir une piste. La Galerie des Machines demeure donc la seule à même d’abriter un vélodrome couvert.

Après de multiples échecs, le projet se concrétise enfin à l’hiver 1903. La ville de Paris qui est devenue propriétaire de la Galerie souhaite faire vivre le monstre d’acier et de verre du Champ de Mars. L’établissement d’un vélodrome devient une priorité.

A l’automne 1903, la ville offre pour 25 000 francs la concession d’une partie de la Galerie pour y « exploiter un auto-vélodrome et donner toutes autres exhibitions sportives ». M. Durand, ancien champion cycliste, est nommé directeur de la nouvelle piste.

Le vélodrome occupe un quart à peine de l’immense hall. Sa piste de 333.33 m faite de latte de bois rappelle celle de Buffalo selon les commentateurs de l’époque. Ses virages de 45% n’ont jamais été vus en France. Ils sont pensés pour atteindre des vitesses de 110km/heure. Tout a été construit en 15 jours à peine. Des braseros sont prévus pour réchauffer spectateurs et coureurs.

 

La nouvelle piste parisienne du Champ de Mars est inaugurée le 26 décembre 1903.

Parmi les innovations de cette piste on trouve, un panneau d’affichage lumineux ainsi qu’un système permettant de juger automatiquement les arrivées des coureurs. Un accord est ausi signé avec la direction du Parc des Princes: en cas de mauvais temps des courses du Parc ou de Buffalo pourront basculer sur la piste couverte du Champ de Mars. Un drapeau vert en haut de la Tour Eiffel annoncera le changement de programme au public !

Au rayon des courses, le public parisien retrouve celles qu’ils avaient tant appréciées aux Arts Libéraux: course de 1000 km, course au Brassard, Huit-Jours, etc. ainsi que quelques nouveautés comme le Bol d’Or, courses de 24 heures courue derrière motocyclettes.

Où on réalise que le vélodrome n’occupait qu’une partie de la Galerie des Machines.

Les grandes vedettes du cyclisme qui avaient pris l’habitude de séjourner en Amérique une fois l’hiver arrivé en Europe retrouvent dès lors le chemin de Paris.

Le premier Palais des Sports de la ville

Contrairement aux précédentes pistes couvertes de la Capitale, celle-ci n’ouvre pas que durant l’hiver. Outre les courses du Parc reprogrammées à la Galerie. Le vélodrome s’ouvre comme – il avait été convenu avec la municipalité – à différentes activités sportives: gymnastique, galas équestres, concours de modèles réduits d’aéroplane…. En 1905, des courts de tennis ouverts à la locations recouvrent l’intérieur du vélodrome. Le Vél d’Hiv s’essaie également aux séances de cinématographe ou à des concours de chien de police.

La presse de l’époque parle d’une capacité d’accueil de 10000 spectateurs.

Le public a d’ailleurs déjà la couleur chaleureuse, chauvine à l’excès, et assez peu respectueuse des décisions des commissaires qui fera la réputation de la piste de Grenelle dans les décennies à venir. Certaines réunions se finissent dans un climat d’émeute si l’on en croit la presse. Les sifflets se font hués, les pancartes publicitaires sont utilisées comme projectiles. Même évacuée, la foule continue à manifester avant que la police ne se décide à charger les forcenés du véloce.

Départ d’une course – 1908

Mais, le sort de la Galerie des Machines devait suivre avec 10 ans de retard celui des Arts Libéraux. Le Champ de Mars est chose trop importante pour qu’on y laisse habiter un tel mamouth préhistorique vieux d’au moins 20 ans. Sa destruction est également certaine. En 1909, les pouvoir publics décident enfin du sort de la Galerie, qui sera rasée dans l’année. Les dernières courses se déroulent jusqu’à la fin du moi de mars.

En 1910, le Vél d’hiv, qui est est au moins à sa cinquième occurrence trouvera un nouveau point de chute rue Nélaton, dans le quartier de Grenelle. Pour beaucoup, seul ce dernier a existé.


*Pour donner un point de comparaison, l’Angleterre, terre de naissance du cyclisme sur piste pourtant, n’ouvrira sa première piste couverte qu’en 1895 au Royal Aquarium.

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