Les éléphants blancs ne poussent pas qu’à l’étranger

Un éléphant blanc est une réalisation d’envergure et prestigieuse, souvent d’initiative publique, mais qui s’avère plus coûteuse que bénéfique, et dont l’exploitation ou l’entretien devient un fardeau financier (wikipedia).

Stade Robert Bobin (1993, 20 000 places)

En 1989, le Département de l’Essonne est choisi pour accueillir les Deuxièmes Jeux de la Francophonie. Fort bien, cotillons et orangeades pour tous. Demeure un problème, l’Essonne ne possède aucun des équipements nécessaires à l’organisation de ces Jeux, notamment un stade d’athlétisme de 20 000 places. Ce sera le Stade Robert Bobin de Bondoufle.

Le stade de 115 MF financé par les communes d’Evry et de Bondoufle et le département de l’Essonne se pose aux abords de l’autoroute A6. On lui donne le nom de Robert Bobin, ancien DTN et président de la Fédération Française d’Athlétisme. Le sort étant taquin, Robert Bobin avait été connu en son temps pour critiquer le sous-développement français en matière de stade d’athlétisme, il léguera donc son nom à l’un des plus beaux éléphants blancs du territoire. 

‘Stade de l’inutile’ selon Guy Roux, ce stade – le deuxième le plus grand d’Ile de France après le Parc des Princes à son inauguration – ne possède aucune équipe résidente (hormis, le te temps d’une saison en National l’AS Evry) et doit se contenter de quelques rares événements ponctuels  (Tours de Coupe de France, Championnats d’athlétisme junior, rencontres amicales du PSG ou de sélections africaines, etc). Des rencontres loin, très loin de remplir les travées de Bondoufle ou de rentabiliser les 0.5 M€ de frais de fonctionnement annuels. Evidemment, les quelques épreuves de tir à l’arc ou de triathlon qui y sont également organisés n’y changent rien.

Aujourd’hui, le stade de Bondoufle se conjugue au féminin. Depuis, 2011, le FCF Juvisy (Paris FC désormais) s’y est installé de manière épisodique d’abord, puis de manière pérenne avec à la clef quelques beaux succès d’affluence, notamment une demi finale de Champions League disputée devant 12 000 spectateurs en 2013.  « Ce stade, on va le faire vivre, on va y créer des souvenirs et des résultats » disait à l’heure d’investir le stade la présidente de Juvisy Marie-Christine Terroni.

Stade Parsemain (2005, 17 000 places)

A l’issue de la saison 2003-2004, le FC Istres remporte sur le terrain le droit d’accéder en ligue 1, mais devant l’impossibilité d’une mise aux normes de leur antique Stade Bardin – qui ne respectait déjà pas les normes de la L2 -, la décision est prise de construire un nouveau stade de 17 000 places sur le site de Fos sur Mer. L’inauguration de ce nouvel stade est initialement prévue pour début novembre 2004 pour un coût de 11M€.

Si le président du club se gargarise du titre du stade « le plus vite » construit d’Europe. Certaines considérations semblent avoir échapper aux concepteurs du projet. D’une part, l’orientation du stade, plein mistral, qui ne favorise en rien l’ambiance au stade. Ou l’implantation du stade sur d’anciens marécages où pullulent les moustiques. Une contrariété responsable de l’annulation d’une rencontre en septembre 2005. Surtout, personne n’a semble t-il songé à l’idée que Istres ne possédait pas de public.

Entachée de retards, l’inauguration de Parsemain est repoussée au 9 avril 2005. A cette occasion 7 397 spectateurs assistent à la première des Istriens à domicile, des Istriens déjà quasi condamnés à la descente en Ligue 2. Jamais, Parsemain ne connaîtra meilleure affluence. Au mieux, le stade a donc été construit avec 10 000 places en trop. Aucun stade en France, n’a jamais fait pire.

Aujourd’hui, le club a retrouvé les rangs amateurs et évolue devant quelques centaines de spectateurs.

 

Grand Dôme (1994, 6 400 places)

Tour comme le Stade Robert Bobin et le Stade Nautique Maurice-Herzog de Mennecy, le Grand Dôme de Villebon-sur-Yvette est l’un des 3 vestiges majeurs des 2èmes Jeux de La Francophonie 1994.

Déjà, la difficulté à doter l’équipement d’un nom n’augurait rien de bon. Une batterie de professionnels de la communication, de juristes et de sportifs est ainsi engagée pour désigner ce monstre de béton. Des références à l’Antiquité (Athéna, Vesta…), ou à l’architecture ( Stardôme, Dômessonne) sont étudiées avant de s’arrêter sur « Grand Dôme »

En 1994, les habitants de Villebon font alors connaissance avec leur nouveau voisin: un carré de 90 mètres de côté culminant à plus de vingt mètres et pouvant accueillir de 2 500 à 6 400 personnes autour de l’aire de jeu constituée d’un parquet de 44 x 44 m – soit deux fois la dimension standard d’une terrain de basket ou de volley .

Pour tenter de justifier l’injustifiable, le département décide de verser 300 000 francs à l’équipe féminine de basket du Racing-Club de France pour qu’elle dispute ses matches à domicile dans la grande salle de Villebon. Au début des années 2000, c’est au tour des volleyeuses locales de tenter l’expérience Grand Dôme. Ici ce n’est pas la foule qui fait office de support, mais plutôt son manque : « Notre septième joueur, ce n’est pas le public mais les dimensions de la salle. Nous gagnons toujours le premier set. » dira l’entraîneur du club.

En 2009, les volleyeuses déposent le bilan, le haut niveau à Villebon et les derniers espoirs de faire vivre cette salle disparaissent avec le club. Le département se tourne alors vers ce qu’il peut:  Exposition Lego, salon de l’habitat, ferme géante, rassemblement d’oiseaux exotiques, etc. Parfois quelques rares réunions sportives ou concerts  (Jean-Louis Murat, les Wampas, etc.) éclairent la programmation de la salle.  En 2015, le département décide d’arrêter les frais et ferme la salle.

Début 2018, après 4 ans de discussion, le Dôme et ses 7 hectares attenants sont rachetés par la Fédération Française de Judo pour 24 M€. La communauté peut ainsi enfin fermer le livre tragique de cet équipement surdimensionné et inutile qui lui coûtait  200 000 € à 300 000 € par an. Désormais, charge à la FFJDA de trouver une utilité à cette salle 25 ans après son inauguration.

 

Vélodrome André Détraux (1991, 8 150 places)

Construit en 1991 à l’initiative Félix Proto, président du Conseil Régional, le Vélodrome de Baie-Mahault aura coûté un peu plus de 25 millions d’euros. Une somme dont les Guadeloupéens se sont longtemps demandé à quoi elle avait pu servir… D’une capacité de 8 150 places assises, il est, au passage, le plus grand vélodrome de France et la plus grande enceinte sportive de Guadeloupe.

Pourtant, tout avait été prévu si l’on croit Félix Proto, un hôtel et un centre de Traumatologie devaient même être construits à la suite de l’inauguration de l’anneau de vitesse pour faire de Baie-Mahault le Clairefontaine de la bicyclette. Le président de la région ira jusqu’à déclarer que « l’avenir du tourisme guadeloupéen se trouve sur la piste« . Rien de moins.

Semi-enterré, le vélodrome est prévu pour résister aux cyclones et autres tremblements de terre, mais pas  à l’absence de pistards aux Antilles… La saison de la piste de Gourde-Liane se résume aux entrainement de quelques scolaires et des cyclistes du pôle espoir crée pour l’occasion ainsi qu’à des épreuves du Tour de Guadeloupe. Un Tour qui certes passionne la Guadeloupe, mais qui ne justifie peut-être pas un tel investissement . Pendant 15 ans, l‘équipe de France n’y séjourne qu’à deux reprises, et le seul tournoi d’une quelque importance qui s’y tient est un Championnat Junior Panaméricain en 1997.

En désespoir de cause, le vélodrome se voit assigner un nouveau rôle comme scène de spectacle. Johnny ou Garrou s’y succèdent entre deux expositions canines. La région envisage même un temps de transformer l’équipement en une véritable salle de spectacles en couvrant l’ensemble du vélodrome. Le projet n’aboutit pas.

Pourtant, en juillet 2009, le vélodrome – le plus grand de France, rappelons-le – accueille pour la première fois de son histoire les Championnats de France de cyclisme sur piste. Un véritable succès organisationnel et populaire aux yeux de tous. A cette occasion, le vélodrome est d’ailleurs rénové, notamment sa piste qui commençait à se lézarder. On procède également au bétonnage de sa pelouse centrale, tandis que la région entame les travaux visant à faciliter l’accès au vélodrome. En 2014, ce sont les Championnats d’Europe qui s’y tiennent, une première pour des Championnats de la Vielle Europe aux Antilles.

Mais, évidemment, pour le grand public, le vélodrome guadeloupéen est essentiellement connu pour avoir accueilli une rencontre de Coupe Davis face au Canada en 2016. Un événement qui aura coûté cher et sans grandes retombées . Un Stade de tennis, ce n’est sans doute pas l’avenir que Félix Proto aurait imaginé pour son enfant.

Nouveau Stade de Beaublanc (20xx, 20 000 places)

Alors, oui, le stade n’a pas encore été inauguré. On ne sait pas encore si l’enceinte deviendra un éléphant blanc, mais en fait si, on le sait déjà.

Avant le Grand Stade de Baublanc, il y avait le Parc des Sports de Beaublanc, inauguré en 1951 et pouvant accueillir environ 15 000 spectateurs. Le Limoges FC qui accède au professionnalisme dans les années 50 y vit ses plus belles heures, notamment un passage éclair en D1 (1958-1961).  En 1987, le club dépose le bilan et quitte Beaublanc, le laissant au seul rugby et à l’USA Limoges.

Au milieu des années 2000, l’USAL alterne entre Pro D2 et Fédérale 1 dans un stade qui se fait vieux. Des bruits de rénovation commencent à se faire entendre. Début 2010, le conseil municipal donne son aval, non pas une simple rénovation, mais à la construction d’un nouveau stade de 20 000 places sur site. Un stade moderne de 20 000 places pour 60 M€, alors que le football ne nourrit plus d’ambition au plus haut niveau et que le rugby se débat devant 1000 ou 2000 spectateurs dans l’ombre du CA Brive ? De toute manière, les clubs ne sont pas au cœur du projet et l(apprennent par voix de presse…

Un projet d’autant plus critiquable, qu’à Limoges le seul sport qui a prouvé année après année qu’il était le seul à pouvoir mobiliser chaque week-end plusieurs milliers de spectateurs s’appelle le basket. Encore plus, lorsque l’on veut bien se rappeler que le CSP est le seul a avoir inscrit le nom de Limoges au panthéon du sport national et européen et qu’il réclame depuis des années une nouvelle enceinte.

Quoi qu’il en soit, fin 2012 les travaux débutent. Limité dans un premier temps aux Tribunes d’Honneur et Sud, le chantier doit s’achever en 2014 , mais est stoppé du à l’apparition de malfaçons. D’imbroglios en imbroglios, l’inauguration de demi-stade de Beaublanc est reporté pour 2018, 4 ans après la date prévue et pour un montant déjà supérieur à ce qui était prévu pour l’ensemble du stade (65 M€). Dans le même temps, l’USAL est relégué administrativement en Fédérale 2.

Une moitié de stade. Une moité de stade pour le prix d’un stade complet et 4 ans de retard. Une moitié de stade pour un club évoluant en Fédérale 2 et victime de problèmes financiers. Un stade qui aura coûté 500 euros à chaque habitant de Limoges et coûtera 1 million chaque année à la collectivité. Mais comme dirait Alain Rodet, l’ancien maire de la capitale limousine et à l’origine du projet : »Ca a de la gueule, non ? »

 


Mentions honorables : Stade Jacques Rimbault (Bourges), Parc des Sports (Avignon), Stade d’Athlétisme Couvert (Miramas), MMArena (Le Mans), etc.

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