Histoire du Stade Jean Dauger

Les débuts du rugby bayonnais

C’est grâce à un Landais en classe à Bayonne Pierre Fabre que la bonne parole du ballon ovale débarque vers 1897 entre Nive et Adour. C’est grâce à lui, que les jeunes bayonnais passent progressivement de la pratique de la barrette à celle du rugby. Ces débutants pratiquent au Camp Saint-Léon à l’ombre des remparts séculaires de la ville. En 1905, les anciens élèves devenus adultes forment le premier club civil de la ville: le Stade Bayonnais. A peine un an après sa fondation, le Stade passe sous la coupe de l’Aviron Bayonnais, une association née en 1904 d’une scission avec la prestigieuse Nautique de Bayonne.

Rapidement, le club part à la recherche de ses propres installations. Il acquiert une grande parcelle à Anglet au lieu-dit « Hardoy ». Le stade est inauguré le 10 octobre 1909 par une victoire sur Tarbes (11-0). Les installations sont encore précaires, mais le club se dote de grandes tribunes en bois récupérés d’un terrain d’aviation non loin à Villefranque dès l’année suivante. L’Aviron ne cessera d’améliorer son stade qui  pourra accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs.

Le Stade Hardoy en 1912

A Hardoy, le club développe sous l’impulsion des frères Forgues et de la recrue galloise Owen Roe un jeu qui détonne dans le rugby de l’époque, un jeu fait de passes, d’adresse, de virtuosité et de rapidité. « A la Bayonnaise » dira-t-on. Les résultats ne se font pas attendre. Champion de la Côte d’Argent en 1909, puis de Deuxième Division l’année suivante, l’Aviron déroche le Bouclier de Brennus en 1913 face au SCUF en marquant 7 essais. Le jeu bayonnais est célébré par tous.

Ces succès initiaux de l’Aviron font naître de nouvelles vocations dans la ville: Amicale Jean-Macé, Stade Bayonnais (encore), Avenir Saint-Léon, Amicale des Allées Marines, et surtout la « Battite »: l’Association Sportive Bayonnaise. Fondée en 1918 sous le nom de La Bayonnaise, l’ASB dispute quelques matchs à Hadoy, puis Aguiléra, avant d’inaugurer à son tour son propre terrain à Anglet, sur le plateau de Moyries: le Stade des Cinq Cantons. Le 7 novembre 1920, le premier derby bayonnais entre Aviron et ASB se solde par une victoire à Hardoy des Bleus et Blancs 5-3. En 1929, l’ASB accède en première division, ce sont désormais en élite que se disputeront les derbies bayonnais.

Le Parc des Sports de Saint-Léon

Si le rugby bayonnais a la chance de disposer de deux équipes au plus haut niveau, il n’en demeure pas moins que ces deux équipes  sont toutes deux basées à Anglet. Un comble, pour la ville qui ne compte pour l’heure aucun véritable stade. En 1928, le maire Joseph Garat décide l’achat pour 2 MF des terrains du Camp Saint-Léon aux autorités militaires. L’architecte Martinet prévoit d’aménager ce lieu central de la vie bayonnaise en un Parc des Sports qui comprendrait « un terrain principal et un terrain d’entraînement, une piste cycliste, des tennis, un fronton ainsi que des tribunes ».

Le futur Stade Jean Dauger est inauguré le 21 septembre 1935 par une rencontre opposant l’ASB au Bordeaux Etudiants Club (8-3). Le stade n’est pas encore terminé,  mais le minimum pour jouer au rugby est déjà là et la presse locale est déjà conquise:

« Notre bonne ville va être dotée d’un parc des sports digne de sa beauté, digne de son renom sportif. Désormais les Bayonnais assisteront à des matches de rugby, du vrai rugby entre équipes d’Excellence, au cœur même de la cité, dans ce magnifique cadre du camp St-Léon. C’est presque une révolution dans la vie sportive de Bayonne : C’est une ère nouvelle qui s’ouvre. »

Deux nouvelles tranches de travaux complètent en 1937, puis 1938 les installations de Saint-Léon (tribunes, piste en herbe d’athlétisme…). Le Parc des Sports nouvellement achevé est inauguré une seconde fois le 29 mai 1939 à l’occasion d’une grande manifestation célébrant les sports majeurs de l’époque (athlétisme, cyclisme, et rugby). Une journée clôturée par un match de rugby entre deux sélections de la Côte basque.

De Hardoy à Saint-Léon

Pour l’heure, seul l’ASB utilise encore le Stade Saint-Léon. L’aviron, lui, s’y refuse. Le club ne souhaite pas cautionner par son éventuel déménagement l’œuvre d’une municipalité radicale-socialiste (autre temps, autres mœurs…). Le président du club André Frois osera déclarer que « jamais, l’Aviron ne jouera au Parc des Sports ». L’avenir devait lui donner tort.

En 1940, alors que le pays vit au rythme de la Drôle de Guerre, l’arrêt de mort d’Hardoy est annoncé dans la presse. Le stade de l’Aviron va fermer « pour toujours ». Des raisons de sécurité nationale sont avancées. Faut-il préciser que depuis 1937, une usine aéronautique est installée juste à coté du stade (usines Bréguet ex Latécoère, aujourd’hui Dassault Aviation).

Hardoy ferme sur une rencontre militaire le 28 avril 1940 entre les garnisons d’Angoulême et de Bayonne pour le compte de la Coupe Nationale Militaire. Vainqueurs 6-0, les Bayonnais auraient du jouer la finale contre Toulon, mais les conditions du temps présent l’en empêchent. A défaut, un dernier match doit se disputer le 12 mai contre l’Aviron à Hardoy. L’offensive allemande débute le 10 mai.

Entre temps, l’Aviron avait déjà opté pour déménager au Stade Saint-Jean, toujours à Anglet et encore plus éloigné de Bayonne. Visiblement, il n’était toujours pas question du Stade Municpal pour l’Aviron. Dans ce nouveau stade qui avait été aménagé avant-guerre par l’ex Côte Basque XIII, l’Aviron participe à la  reprise des compétitions en octobre 1940.

Mais le contexte a changé, la guerre et l’Occupation sont aussi l’occasion de dépasser les anciens clivages politiques. Rapidement, à partir de 1941, le club ciel et blanc intègre le Parc des Sports à son tour. Pour l’Aviron, c’est un retour à Bayonne 30 ans après avoir quitté la ville pour Anglet.

Ce nouveau déménagement porte chance à l’Aviron qui remporte un troisième titre de champion de France en 1943, après ceux de 1913 et 1934.

Aviron, ASB, Nautique

Alors que l’Aviron s’affirme comme un club phare du rugby français, la Battite vit des heures plus difficiles. Les jeunes sportifs se font plus rares en ces années de guerre. L’union des forces est nécessaire. D’abord avec Côte Basque XIII dès novembre 1940 pour former l’AS Côte Basque, puis avec la Nautique en 1942. Le nom de cette nouvelle entente ? Très simple : Société Nautique de Bayonne Association Sportive Côte Basque Réunies. A vrai dire, il s’agit surtout de la Nautique sous un nouveau nom et signe la mise en sommeil de l’ASB pendant 20 ans*.

Un temps, cette nouvelle entité semble fonctionner,  le club manque d’un rien (un point) l’accession en demie-finale du championnat et qui sait de peut-être retrouver l’Aviron en finale. Ce sera le seul coup d’éclat de ce club. La Libération arrive, et avec elle le rugby à XIII va pourvoir revivre à Bayonne comme ailleurs. Les treizistes qui avaient dû unir leur destins avec l’ASB, puis la Nautique quittent le club et reforme dès l’automne 1944 Côte Basque XIII qui retrouve par la même occasion le Parc des Sports.

Mais à XIII rien n’est jamais simple. Dès 1946, le club fusionne avec Bordeaux (les matchs à domicile alternant entre Bordeaux et Bayonne). L’expérience bordelo-basque ne dure que deux ans. Les affluences sont décevantes à Bordeaux et encore plus à Bayonne, où l’Aviron récolte les suffrages du public de Saint-Léon. En 1948, le XIII bayonnais repart sous les couleurs de la Nautique. Le treize à Bayonne et sur la Côte Basque se perd ensuite de fusion en fusion et d’aventures plus ou moins malheureuses pour disparaître tout à fait à la fin des années 50.

Contrairement aux treizes, la vie des quinzes semble paisible. Point de déménagement, ni de fusion, et une présence continue en Première Division pour l’Aviron. Cependant, à part une finale en 1982, le club ne sera jamais en position d’accrocher un quatrième Brennus à un Palmarès qui ne s’étoffe que d’un unique Challenge Yves du Manoir remporté en 1980. C’est d’ailleurs dans les années 80 que Saint-Léon connait ses plus belles affluences avec une pointe à 23 936 spectateurs le 10 mai 1989 à l’occasion d’un quart de finale du championnat entre Lourdes et le Racing.

En 1996, après 85 saisons passées au plus haut niveau, l’Aviron chute en Deuxième Division. Le club luttera durant 8 saisons avant de retrouver sa place parmi l’élite française.

Le Stade Jean-Dauger

Tandis que l’Aviron peine à retrouvé la première division, le Parc des Sports de Saint-Léon est baptisé le 3 juin 2001 du nom de Jean Dauger en l’honneur de l’ancien joueur de l’Aviron, international tout aussi bien à XIII qu’à XV, et décédé en 1999. Une statue le représentant est érigée devant le stade. Sur son socle est gravé le message laissé par l’icône et qui façonnera des générations d’attaquants épris de jeu au large: « La passe est une offrande ».

Autre nouveauté, la piste cycliste qui avait accueilli à 8 reprises le tour de France entre 1938 et 1968 est supprimée en 1999. Cette piste qui avait connu ses heures de gloire dans les années 50 et 60 en accueillant une multitude de critérium et de compétitions chaque dimanche était devenue inutilisable depuis la fin des années 70. Devant le refus de financer sa rénovation, sa destruction était devenue inévitable.

L’espace gagné par la suppression de la piste cycliste fait le bonheur de l’athlétisme bayonnais qui peut inaugurer en 2004 une nouvelle piste en tartan 8 couloirs. Dans le même temps, la tribune d’honneur est une première fois aménagée. L’ensemble de ces premiers travaux est estimé à près de 3 millions d’euros.

En 2006, un plan de réhabilitation de 6.5 M€ complète ces premiers aménagements. Portant sur différents points (vestiaires, éclairages, etc.), ce projet porté par l’architecte Pierre Ferre permet également la construction d’un balcon en Tribune d’Honneur et la complète réhabilitation de la Tribune de Face. Les travaux prennent du retard et condamnent l’Aviron à débuter la saison 2006-2007 sur la pelouse d’Aguiléra. Le club retrouve son stade agrandi et rénové le 19 septembre 2006 pour la venue de Montpellier. Jean Dauger peut alors accueillir 14 000 personnes (7 500 assises), contre 12 000 précédemment.

Cependant, avec près de 9 000 abonnés, la capacité de Jean Dauger est toujours insuffisante, et dès l’intersaison suivante des praticables (2 300 places assises) sont aménagés en haut des virages, portant ainsi la capacité d’accueil de l’enceinte à environ 15 000 places. Puis en 2009, c’est une tribune provisoire de 3 200 places qui est aménagée dans le virage nord condamnant par la même la piste d’athlétisme (veille d’à peine 5 ans), et enfin, en 2010, une dernière tribune découverte de 2500 places s’installe dans le virage sud.

Aujourd’hui, la capacité de Jean Dauger est de 16 934 places dont 10 733 places assises.


*En 1962, quelques nostalgiques recréeront l’Association Sportive Bayonnaise. Depuis les Verts et Violets n’ont eu de cesse d’alterner entre le deuxième et la troisième division et évoluent aujourd’hui à la Floride (Stade Roger Caillou).

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