Histoire du Parc des Sports d’Aguiléra

Les débuts du rugby biarrot

Le rugby fait ses débuts sur la côte basque vers la fin des années 1880 par l’intermédiaire de quelques Anglais en villégiature. Une première rencontre informelle se dispute en 1897 entre Anglais et « Vélites » de l’école Jules Ferry sur une friche près du phare. Ces pionniers biarrots se regroupent autour d’une amicale des anciens élèves qui devient en 1902 le Biarritz Stade. On y pratique la gymnastique, la lutte, la boxe, l’escrime, et surtout le rugby qui trouve refuge sur un terrain aménagé dans le quartier Chassin.

En 1903, les rugbymen disputent leur premier match contre l’équipe de Saint-Sébastien sur un nouveau terrain du domaine d’Aguiléra jusque-là occupé par une société de tir aux pigeons. Pour cette première sortie officielle, ils sont quelques milliers de curieux à se masser le long d’une ligne qui délimite le terrain au milieu d’un pré. Décédé le 1er juin 1883, l’ancien propriétaire espagnol Don José Aguilera y Chapin allait léguer son nom au nouveau terrain des rugbymen.

Trois ans plus tard, la municipalité Pierre Forsans décide l’achat pour 225 000 francs des 7 hectares de la propriété d’Aguiléra. La ville de Biarritz négocie avec ses propriétaires madrilènes : Xavier Azlor de Aragon, la duchesse de Villahermosa et la famille française du comte de Peitès. En janvier 1907, le comité des fêtes prévoit de faire de ces terres nouvellement acquises un large parc sportif qui pourrait comprendre un concours hippique, un fronton de pelote, un terrain de rugby aménagé avec tribunes, des cours de tennis… On escompte également que le tramway arrivera aux portes du stade.

Les tennis d’Aguilèra et son club-house

Le Biarritz Stade profite des premiers aménagements du Parc des Sports d’Aguiléra — notamment la construction de tribunes en bois — pour accueillir un public déjà nombreux. Ils sont ainsi jusqu’à 6000 à assister en 1909 à la venue du Stade Français, champion de France en titre, ou des Gallois de Cardiff la même année.

La première bataille d’Aguiléra

En 1909, le Biarritz Sporting-Club est fondé dans l’orbite du maire Pierre Forsans. Club des notables, il s’oppose socialement au Biarritz-Stade, émanation d’une société républicaine et laïque. Les lettres ouvertes que s’adressent les deux présidents font la joie des gazettes locales. Bientôt, le conflit se déplace sur le terrain d’Aguiléra, seul véritable stade de la ville.

La longue tribune en bois, la première d’Aguiléra. Elle sera remplacée en 1963 par la Tribune de Coubertin (aujourd’hui Serge Blanco)

Une première escarmouche éclate en février 1910 relayée par la presse qui témoigne de l’indignation des joueurs du Sporting vexés d’affronter l’US Dax en lever de rideau du « grand match » : celui du Biarritz-Stade, bien sûr, contre Boucau. Pour éviter que la situation ’empire, les deux clubs s’installent sur deux ailes opposées d’Aguiléra. Mais c’est bien le Stade qui profite du terrain d’honneur et de ses tribunes.

La colère du Sporting éclate de nouveau quand un jour de novembre 1910 le commissaire Averous exige des joueurs du Sporting un droit d’entrée au bénéfice des rugbymen du Stade. C’en est trop! Les joueurs aux maillots rouge et noir pénètrent sur le terrain du Stade avec l’idée d’en venir aux mains. Il ne faut rien de moins que l’intervention de la police et de deux huissiers pour éviter de plus graves désordres.

La bataille s’apaise un temps après que le conseil municipal décide d’une plus juste utilisation d’Aguiléra. Début 1912, l’incompréhension entre les deux parties resurgit, toujours au sujet de l’utilisation du stade. Du côté de la municipalité, on s’agace de ce perpétuel affrontement, et on s’inquiète de l’image que cette querelle renvoie de la ville. Les pourparlers de fusion sont discutés à l’Hôtel de Ville. Le 26 avril 1913, l’union des deux clubs est effective sous le titre du Biarritz Olympique, un club qui sera le seul résident d’Aguiléra.

Le Birratz Olympique s’impose dès lors comme le club phare de la ville et pas seulement en rugby: Rugby, hockey sur gazon, rink hockey, athlétisme, tennis, pelote basque, etc.

Hockeyeurs sur la pelouse d’Aguiléra

le Stade Léon Larribau

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle le Biarritz Olympique perd 160 de ses membres, la municipalité décide de baptiser le stade des rugbymen du nom de l’un de ces héros: Léon Larribau. Angloy de naissance et ailier du BO, celui qui comptait également 7 capes en équipe de France avait trouvé la mort au champ d’honneur en décembre 1916. Si sa mémoire s’est perdue depuis, officiellement le stade porte toujours aujourd’hui son nom.

En 1922, le Stade Léon Larribau est désigné par la toute nouvelle FFR pour recevoir un match de sélection de l’équipe de France en début d’année suivante. Il en va du prestige de la cité balnéaire qui se doit de « posséder un parc des sports modèle, digne de sa renommée mondiale ». Le terrain est nivelé, drainé, et une nouvelle tribune de 1 500 places, la première en dur, est inaugurée. 250 000 francs sont nécessaires à l’opération. L’annuité versée par le BO pour la location des installations sportives servira au remboursement.

La future tribune Haget construite en 1922 et ne sera replacée qu’en 2006.

Le début des années 20 est également marqué par la percée du club barrot sur la scène nationale. En 1922, le BO atteint une première demi-finale du Championnat de France. Mais c’est surtout sous le capitanat de l’international Haget que le BO s’affirme dans les années 30. Après une première finale perdue en 1934 contre le voisin bayonnais, le club est couronné champion de France en 1935, puis en 1939.

La seconde bataille d’Aguiléra

Alors que Biarritz a plutôt bien résisté à la vague treiziste des années 30, un groupe de passionnés cherche à partir des années 50 à faire vivre leur passion du treize dans ce fief quinziste. Dans un premier temps, ils tentent de rejoindre l’une des sociétés déjà existante sur Biarritz. En vain. Il n’en est évidemment pas question du côté du BO, et, en ce qui concerne la concurrence, on ne veut pas vexer le puissant club rouge et blanc. Le treize biarrot verra finalement le jour au sein d’une nouvelle société crée pour ses besoins en octobre 1951: le Biarritz Athletic Club (BAC).

La tentation du XIII
L’éphémère BAC XIII

Société omnisports (pelote basque, athlétisme, natation, boxe), le BAC reste avant tout dédié à la pratique du jeu à XIII. Une pratique que la municipalité fera tout pour contrarier. Dès sa naissance, le club est interdit du terrain d’honneur. Relégués sur le terrain annexe ou sur le concours hippique. Des entraînements du BAC sont même interrompus par des coupures de lumières orchestrées par la mairie. Les entraînements se poursuivent à l’aveuglette, seulement éclairés par les phares de voitures.

Et quand le terrain annexe ou le concours hippique sont indisponibles, et que seul le terrain d’honneur peut permettre le maintien des activités du BAC, ce sont des gendarmes accroupis dans les bosquets qui attendent les treizistes au moment de fouler la pelouse du BO. En juin 1955, une décision du tribunal administratif de Pau préconise un partage équitable d’Aguiléra entre quinzistes et treizistes. Pourtant, la mairie reste sur ses positions. De guerre lasse, l’équipe du BAC XIII finira par rejoindre en 1956 des terres plus hospitalières chez les voisins bayonnais.

Construction de la Tribune de Coubertin (actuelle Blanco) en 1963

Après la fin de cette nouvelle querelle, la municipalité entreprend en 1962 la construction d’une deuxième tribune en dur, la Tribune Coubertin, afin d’asseoir encore un peu plus le BO à Aguilèra. Pour autant, les résultats barrots n’ont plus l’aura des années 30. Ce n’est qu’avec l’avènement du rugby professionnel que le rugby biarrot allait retrouver ses lettres noblesses. Après 61 ans sans trophée, les Basques remportent la Coupe de France en 2000, prémisse de trois nouveaux Brennus en 2002, 2005 et 2006.

L’ère professionnelle

Ce renouveau sur le terrain devait s’accompagner d’une très large modernisation des installations d’Aguilléra. La première tranche des travaux commence en 2003. Elle concerne la Tribune d’honneur Coubertin qui est rénovée, agrandie, et équipée de 16 loges. Une fois la tribune rénovée, les gradins qui garnissaient les pesages sont à leur tour supprimés.

A l’été 2005, alors que la Tribune de Face Haget est frappée d’interdiction au public, sa reconstruction est décidée. La tribune est détruite en novembre 2005. Les travaux en vue de l’installation d’une nouvelle structure commencent à la mi-décembre 2005. Dans le même temps, 1 000 sièges sont installés au pied de la Tribune Coubertin.

La nouvelle tribune de face et ses 4 900 places sont inaugurées en aout 2006. Elle compte également de nouvelles loges, des salons de réception pour les partenaires, un espace presse et une boutique. 5 M€ — financés par la ville et le club — auront été nécessaires la réalisation de cette nouvelle structure. Dans le même temps, le club, en accord avec la mairie, décide de rebaptiser les deux tribunes d’Aguiléra. La Tribune de Face Haget devient Tribune Serge Kampf et la Tribune d’Honneur, Tribune Serge Blanco.

A l’issue de ces travaux, le BO dispose d’une enceinte de très exactement 13 374 places, dont 9 165 places assises et numérotées. Une nouvelle envergure qui ne satisfait pourtant pas entièrement le club qui, au temps de sa grandeur, avait pris l’habitude de disputer ses plus grandes affiches de Coupe d’Europe ou de Top 14 au Stade Anoeta de San Sabastian.

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Super Aguiléra

En parallèle à ces détours par l’Espagne, et à peine un an après l’ouverture de la Tribune Serge Kampf, le club présente en 2007 le projet dit « Super Aguiléra ». Sa réalisation étant prévue « au cours de l’actuelle décade ».

Le Biarritz Olympique souhaite alors construire deux nouvelles tribunes censées fermer le stade et doubler sa capacité assise à 18 000 places. Un stade « digne de ce nom », qui doit permettre au club de disputer l’ensemble de ses rencontres de Championnat et de Coupe d’Europe sur ses terres biarrotes.

Mais le volet sportif n’est pas le seul de ce projet qui ambitionne également de transformer l’enceinte du BO en un véritable centre de vie alliant sport, tourisme, loisirs et commerce en réalisant un véritable petit village autour d’Aguiléra (hôtel, résidence de tourisme, centre aquatique avec bassin ludique, piscine, spa, hammam, etc.). Pour l’avant et l’après-match, l’ensemble sera complété par un « paseo » animé par des commerces, des restaurants. Il comprendra également un coin dédié aux partenaires et un espace nocturne avec bodega et discothèque qui assurera les festivités de troisième mi-temps.

« Faire venir les gens à Aguilèra et qu’ils s’y sentent bien, même s’il n’y a pas de match. » Serge Blanco.

Ce projet estimé entre 50 et 70 millions d’euros ne verra jamais le jour.La liquidation en 2009 du Groupe Loft qui devait porter la construction de Super Aguiléra et des résultats sportifs en berne y mettront un point final.

Aujourd’hui, le BO n’est plus que l’ombre de ce qu’était le club triomphant des années 2000. Sauvés in extremis en 2018 par l’arrivée au sein du club de la famille Gave. Le club a récemment développé un nouveau projet pour Aguiléra  qui doit permettre au Biarritz Olympique d’enfin devenir un club professionnel viable et de trouver sa place dans le rugby professionnel français des prochaines décennies.

Esquisse de faisabilité ne représentant pas la réalité du futur projet mais son intention en matière d’urbanisme. Réalisée par le cabinet Samazuzu pour le compte du groupe Pichet  - Radio France


Source (photos) : https://musee-historique-biarritz-olympique.fr

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