Une petite histoire du Jeu de Paume

Nous somme en 1740, le premier Championnat du Monde du Jeu de Paume se dispute à Fontainebleau. Pour la première fois de l’histoire, un athlète est sacré « champion du monde ». Le Roi des Jeux n’en a pourtant déjà plus que le nom, son déclin est déjà patent depuis un siècle. 

Un jeu joué dans les rues

Longtemps, on s’est plu à faire du jeu de paume, l’héritier des jeux antiques, comme les jeux de phaenide des Grecs ou de pila trigonalis des Romains. La filiation n’est pourtant pas si simple, et le manque de sources laissera sans doute a jamais cette question en suspens. Les premières références à la pratique de jeux de balles en France datent cependant du XII° siècle.

Jean Beleth, un auteur du XII° siècle, fait état de moines se renvoyant une boule de chiffon (l’esteuf) en s’aidant des murs et des poutres du cloître. Ce jeu s’affranchit bientôt des couvents et investit la rue, les joueurs utilisant les auvents ou les toits des habitations. Une première référence à la paume apparaît dans la Livre de la Taille de 1292, qui signale 13 artisans « paumiers » vivant à Paris de la confection des balles à Paris. A titre de comparaison, seul 8 libraires sont recensés dans le même temps.

Sport d’origine populaire, le jeu conquiert également la Monarchie. De Louis X à Louis XIV, en passant par François Ier, tous s’essaient au Jeu. Louis X y trouve la mort en 1316, après avoir attrapé froid après un match. En 1397, le Prévôt de de Paris tente d’interdire la pratique de ce sport, puis de la cantonner au dimanche: « parce que plusieurs gens de métier et autres du petit peuple quittaient leur ouvrage et leur famille pendant les jours ouvrables, ce qui était fort préjudiciable pour le bon ordre public ». Sans sucés.

Dans le même temps, le jeu se structure. Les joueurs s’équipent de gants, puis de « battoirs » (batte en bois plein), et enfin, au début du XIV° siècle, de raquettes équipée d’un cordage en chanvre ou en boyau. Au XVII° siècle, un filet vient également remplacer les bouts de ficelle qui servaient jusque-là à démarquer le terrain.

En parallèle à ces changements, les joueurs commencent à quitter la rue pour intégrer des salles spécifiques: « les tripots ». Les joueurs, ayant à cœur de reproduire certaines conditions du jeu qu’il pratiquait jusque-là à extérieur, ces salles se caractérisent par la présence de galeries imitant les toits légèrement inclinés couvert de planches ou de tuiles et qui surplombaient alors le rez-de-chaussée des habitations. Des abris, que joueurs et spectateurs avaient appris à utiliser au mieux aux cours des années précédentes.

De cette époque, la langue française a su conservé nombre d’expressions issues de la paume. Et le tripot, n’en n’est pas la moindre; épater la galerie, qui va à la chasse perd sa place, tomber à pic, rester sur le carreau, prendre la balle au bond, jeu de main, jeu de vilain, les enfants de la balle… sont autant d’expressions qui nous sont encore familières aujourd’hui.

Des salles plus nombreuses que les églises

Le jeu de paume connait son apogée à la fin du XVe et au début du XVIe. A mains nues, équipé d’un battoir ou d’une raquette, on joue dans les tripots ou dans la rue. C’est une véritable folie qui empare le pays. Le Clergé n’est pas en reste, et le Concile de Sens se doit en 1485 de rappeler l’interdiction faite aux religieux de la pratique du Jeu. La non plus, sans succès, certaines églises étant même recyclées en salle de jeu! Le clergé, dépassé, finira par autoriser la Paume, sous certaines conditions, en 1528.

Signe de l’importance du sport dans le pays: alors qu’en 1392, on ne dénombrait encore que huit salles de jeu de paumes à Paris, l’Italien Francesco d’Ierni en estime le nombre à 250 deux siècles plus tard, en 1596. La province n’est pas en reste, et on en recense huit à Bourges, environ vingt-cinq à Rouen, une quarantaine à Orléans, une quinzaine à Bordeaux, etc. Les terrains en plein-air sont encore plus nombreux et on comptera jusqu’à 1 800 salles et terrains en plein-air à Paris. Sir Robert Dallington, un chroniquer anglais ayant séjourné en France, écrit en 1604 que la France est un « pays semé de jeux de paume, plus nombreux que les églises et des joueurs plus nombreux que les buveurs de bière en Angleterre. »

Cette apogée est également marquée par une forme de professionnalisation du sport. Le 9 novembre 1527, François Ier officialise la rémunération des sportifs: « tout ce qui se jouera au jeu de paume sera payé à celui qui gagnera comme une dette raisonnable et acquise par son travail ». Auparavant, paris et enjeux avaient déjà transformé de fait cette activité sportive en métier pour beaucoup. Selon Francesco Gregory d’Ierni, 7 000 personnes vivent alors du jeu de paume.

A cette même époque, le jeu s’exporte en Angleterre, et un premier tripot est ouvert à Oxford en 1595. La légende veut que le sport y ait été introduit par le Duc d’Orléans. Capturé à la Bataille d’Azincourt en 1415, il demeurera captif durant deux décennies au château de Wingfield dans le Norfolk, où il s’adonnera quotidiennement à la pratique de la paume. Quatre siècles plus tard, un certain Walter Clopton Wingfield, descendant du châtelain de Wingfield, participera à la création du tennis, fils légitime de la paume.

La fermeture des tripots

L’afflux d’argent dans le sport amène son lot de profiteurs. Les paumiers se constituent en corporation en 1610 pour lutter contre les abus en tous genres. Certains paumiers peu scrupuleux n’hésitaient alors pas à bourrer leurs esteufs de pierres, provoquant ainsi des accidents, parfois mortels. Le frère de Montaigne en décédera. La production d’esteufs et de raquettes sera désormais strictement encadrée entraînant la fermeture de nombreuses salles.

Le déclin se confirme à partir des années 1630-1650. Notamment, sous l’autorité de Louis XIII qui impose la fermeture de nombreuses nouvelles salles. Si la paume demeure le sport roi, Paris ne compte plus que 114 salles en 1657. Son successeur, Louis XIV, se désintéressera de la Paume au milieu de son règne, lui préférant la pratique du billard. En Novembre 1676, le Roi Soleil confirme l’autorisation d’installer des tables de billards dans les salles de jeu de paume.

En dépit de l’organisation de premiers Championnats du Monde en 1740 (vainqueur du tournoi, le Français Clergé de Elder sera ainsi le premier champion du monde de l’histoire du sport), l’attrait des Français pour la paume n’a de cesse de décliner. Une grande partie des anciens tripots sont reconvertis en salle de billard, en commerce ou en salle de spectacle. Certaine de ses salles, comme par exemple le Théâtre du Jeu de Paume d’Aix sont encore ouvertes aujourd’hui. D’autres, encore, sont tout simplement détruites. En 1789, à la veille de la Révolution, il ne reste plus que 15 salles de jeu de paume à Paris et seulement 29 joueurs de haut niveau.

Parmi les nombreux tripots fermés alors, beaucoup seront le théâtre d’événements prestigieux. Outre la salle d’Aix déjà citée, nous pouvons penser au Jeu de Paume du Béquet, qui accueillera le premier opéra-comique de France ou encore au Jeu de Paume de la Bouteille et au Jeu de Paume rue de Vaugirard qui abriteront tour à tour l’Opéra de Paris au XVII° siècle. Parmi tous ses anciens prestigieux jeux de paume, le plus célèbre demeure, bien évidemment, celui de Versailles, dont le décors offrira un cadre majestueux au Serment du Jeu de Paume en 1789.

La Salle du Jeu de Paume de Versailles avait été construite sous le règne de Louis XIV par Nicolas Creté, maître-paumier. Inauguré en 1686, elle fut réalisée plus par convention que par réel intérêt du Monarque, qui se détournera assez vite du jeu de paume. La Paume passée de mode, la salle fermera assez rapidement ses portes pour ne les rouvrir que le 20 juin 1789 aux députés du Tiers-État qui y jurèrent ne pas se séparer sans avoir donné une constitution à la France. Tombée dans l’oubli, la Troisième République la transforme en 1883 en musée à la gloire de la Révolution, avant que l’on ne l’oublie une nouvelle fois. Elle ne sera restaurée qu’en 1989 à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution.

La Révolution, qui éclate peu après le serment du jeu de paume, signe le chant du cygne de la paume. Jugée par trop aristocratique, le jeu est boudé par les nouvelles élites. Le jeu de Paume est laissé pour mort. Les dernières salles de France sont laissés à l’abandon. Seul le sud-ouest, et le pays-basque en particuliers, résiste à ce phénomène, et s’empare des installations restantes. Les nouveaux joueurs simplifieront les règles, supprimeront le filet et la grille, et donneront vraisemblablement naissance à la pelote basque. Les trinquets de pelote conservent encore aujourd’hui la galerie, symbole des jeux de paume.

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