Bilan du championnat de monde de handball 2019

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de faire un bilan sportif des mondiaux de handball, de savoir si Didier Dinart est le sélectionneur qu’il nous faut pour Tokyo, mais bien de chiffres et de commentaires plus ou moins hasardeux.

Affluences

Comment pouvait-il en être autrement ? En faisant le choix de l’Allemagne et du Danemark (la Pologne, ainsi qu’un ticket Hongrie/Slovaquie étaient également candidats), l’International Handball Federation (IHF) savait – pour une fois – ce qu’elle faisait. Elle confiait le soin aux deux pays qui se contestent la paternité du sport de lancer son mondial nouvelle version vers de nouveau records.

Mission accomplie. Jamais un championnat du monde de handball n’avait attiré autant de monde dans les salles. Le record datant de 2007 et du dernier mondial en terre germanique est enterré.

Cette performance doit d’ailleurs beaucoup plus à l’Allemagne qu’au futur vainqueur. Les matchs qui se sont déroulés à Berlin ont attiré en moyenne près de 11 000 spectateurs et ceux à Munich un peu plus de 9 000.  Que ce soit l’Olympia Halle ou La Mercedes-Benz Arena aucune n’a eu besoin de l’équipe d’Allemagne pour remplir ses gradins. Quant au tour principal à Cologne,  il s’est disputé en moyenne devant 17 000 spectateurs. La Mecque du handball mérite bien son nom.

Les affluences au Danemark ont, elles, été plus en adéquation avec ce que nous avait habitué la compétition. La salle de Herning n’a ainsi fait le plein que lorsque les Danois s’y sont produits (15 000 places), et la Royal Arena de Copenhague n’a attiré que 4 000 spectateurs en moyenne durant la phase de groupe alors qu’elle peut en accueillir 13 000.

Audiences

Comme dans les salles, le public allemand a magistralement répondu devant sa télévision.

En cumulé, les matchs de la Mannschaft ont attiré devant leur télévision autant de téléspectateurs que d’habitants dans le pays. Les Parts d’audience n’ont jamais chuté en dessous de 25%, atteignant jusqu’à 35% lors des matchs décisifs.

Mais contrairement aux affluences, la palme revient ici aux Danois. Ils étaient déjà 1.8 million devant leur télévision pour le match du premier tour contre la Norvège.  Une audience qui a culminé au soir de la finale avec 2.7 millions de téléspectateurs en moyenne, et un pic dépassant les trois millions, soit plus que la moitié de la population (5.8 millions) ! Des chiffres jamais vus au Danemark depuis la finale de l’Euro 1992 de football remportée par le pays.

Pour comparer avec un autre pays, il n’y avait que 19 millions de téléspectateurs français devant leur poste à l’occasion de la finale de la dernière coupe du monde de football, soit même pas un tiers de la population (un chiffre qui ne prends pas en compte ceux qui s’étaient retrouvés dans les lieux publics cependant).

Restons en France justement (incroyable transition), le Groupe TF1 qui depuis 2015 s’est engagé dans le handball à pas feutré a enregistré des audiences honnêtes pour ce qui est des matchs de poule (un peu plus d’un million de téléspectateurs en moyenne pour les trois matchs diffusés sur TMC), mais sans doute décevant pour ce qui est de la demi-finale (2.4 millions). Une audience qui certes n’a pas été aidée ni par l’horaire du match (17h30), ni par le scénario de la partie. Malgré tout, l’audience parait nettement en retrait par rapport à 2017 (6.9 millions de téléspectateurs pour la demi-finale, et 8.7 pour la finale). Des audiences certainement trop basses pour que le groupe revoit son investissement dans le handball à la hausse à l’avenir.

Formule

Evidemment, tous ces chiffres, ces records étaient trop beaux. Un loup se cachait. Celui de la formule. Adieux ainsi à la formule qui a prévalu en 2015 et 2017: une simple phase de groupe suivie directement de matchs à élimination directe. Cette formule d’une simplicité cristalline qui est aussi celle de ces modestes tournois guère suivis que sont la Coupe du Monde de football ou les Jeux Olympiques.

Retour à la  formule qui avait cours jusqu’en 2013, celle des deux phases de groupe suivies de demi-finales. Une formule dont on sait à l’avance les noms des 6 ou 7 équipes pouvant atteindre le tour final. Une formule qui multiplie les matchs sans enjeux, mais qui aux yeux de l’IHF les multiplie tout court, surtout ceux des meilleures nations d’ailleurs, et c’est bien là l’essentiel, notamment pour les chaînes TV qui ouvrent leur porte-monnaie pour acquérir les droits de retransmission de l’IHF.

Si cette formule a le grand intérêt de battre des records et d’accroître les revenus de l’IHF, elle a aussi pour conséquence de faire fuir ceux qui en France, en Espagne ou au Brésil (sans même parler des Etats-Unis ou de la Chine) pourraient, demain, devenir ses premiers fans, ceux à qui ont ne peut pas passer cinq minutes à expliquer que le point du match nul de ce France-Allemagne est importantissime dans la course aux demi-finales, mais qu’il faut aussi regarder ce que fait la Croatie et ne pas oublier que le goal-average à trois peut être déterminant. Vous n’aurez pas terminé votre phase, qu’ils seront déjà passés à autre chose.

Les formules alambiquées ne sont pas un problème pour ceux qui suivent déjà le sport, elles le sont que pour ceux qui pourraient  à leur tour se mettre à suivre le sport, mais qui ne le feront pas, faute d’une formule claire et d’enjeux rapidement compréhensibles. Faute également d’histoires à raconter. La légende de chaque sport est faite d’outsiders qui se révèlent et de favoris qui échouent pour se relever ensuite. Avec cette formule, les Barjots de 1992 n’auraient sans doute jamais existé. L’l’IHF s’assure que ce genre d’histoires n’arrivent plus.

Comme beaucoup d’autres fédérations internationales, l’IHF cherche à maximiser ses profits à court terme, quitte à sacrifier son avenir à long terme. Jamais, cela n’a constitué une politique gagnante.

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