Histoire du Stade de Colombes

Cœur durant un demi-siècle de toutes les passions françaises, Colombes n’est pas seulement une nostalgie, mais une histoire, une belle et une riche histoire qui parcoure tout le XX° siècle. Un témoin encore vivant de ce qu’à été le sport en France et la France tout court. Du petit hippodrome de banlieue à la fin du XIX siècle aux exploits de Paavo Nurmi en 1924, en passant par les exploits des frères Boniface dans les années 60 au dernier titre du Racing en 1990, c’est plus d’un siècle d’histoire qui nous est conté.

Colombes avant « Colombes »

Colombes, petite ville de banlieue proprette, connait ses premières émotions sportives en 1883 suite à l’installation du premier hippodrome de la ville. Dirigé par la Société des Courses de Colombes, ces premières manifestations attirent à Colombes un public dont la présence n’est pas toujours appréciée par la paisible population locale qui souhaite que les autorités contrôlent avec discernement cette « très mauvaise catégories de personnes ». Les Colombiens n’en avaient pas finit avec ces « mauvaises personnes ». De cette époque, seul un ancien pavillon de pesage des jockeys subsiste.

En 1907, le Matin, un des plus grands tirages des quotidiens français alors, rachète le terrain de l’hippodrome et le transforme en stade. Le terrain et entretenu et clôturé, les anciennes tribunes du champ de courses sont conservées, on y oppose simplement l’emblème du Matin. Si l’étendue des travaux n’est pas flagrante, l’inauguration, le 24 mars, elle, se fait en grande pompe. Présidée par le Ministre de la Guerre Marie-Gorges Picquart, elle est placée sous le signe du patriotisme: Le stade devant « exercer et entraîner ces jeunes citoyens de la République à l’effort que le pays leur demandera pendant leur passage sous les drapeaux » et contribuer de la sorte « à l’accroissement des forces nationales ».

Le lendemain de l’inauguration, l’objectivité journalistique des responsables du Matin passe par la fenêtre. Pour le journal,  la nouvelle enceinte constitue « un champ consacré à l’amélioration de la race humaine ». Rien de moins. Le journal prévient: « ceux qui l’ont vu ne l’oublieront jamais » et rajoute avec lyrisme:

« Avec quel empressement, la Grand’ville a jeté sur Colombes ses foules endimanchées, qui s’étaient fait belles et joyeuses pour ce théâtre de plein-air que Le Matin avait crée pour elles, achetant un coin de sol et louant un lambeau du ciel ».

De fait, avec ses 10 000 places, le Stade du Matin est dès cette époque une des plus importantes enceintes française. Les rugbymen y dispute ainsi la finale du Championnat de France 1908 (victoire du Stade Français sur le Stade Bordelais 16-3 devant 10 000 spectateurs). Le XV de France y fait ses débuts le 1er janvier face à l’Angleterre (défaite 0-1), avant d’y signer sa première victoire face à une équipe britannique le 2 janvier 1911 contre l’écosse (16-15). Enfin, le 27 avril 1912, Colombes accueille également la finale du Championnat USFSA de football entre l’AS Française et le Stade Raphaëlois (1-2), puis une première fois l’équipe de France de football à l’occasion d’une rencontre face à l’Angleterre amateur le 27 février 1913 (1-4).

En 1920, le Racing Club de France devient locataire des installations de Colombes, un bail qui a toujours cours aujourd’hui. Ce nouveau et prestigieux locataire allait jouer un très grand rôle dans l’attribution à Colombes du futur stade Olympique des Jeux de 1924.

Colombes en 1921

Le Stade Olympiques de Colombes

Le 21 juin 1921, la ville de Paris est choisie comme hôte des Jeux Olympiques de 1924. Le gouvernement promet au COF (Comité Olympique Français) une subvention de 20 millions de francs, la ville de Paris devant, elle, fournir les terrains et une aide de 10 millions. Franz Reichel, secrétaire général du comité exécutif des Jeux dresse rapidement une liste des installation à aménager. Pièce maîtresse de ces installation, un stade de 100 000 places doit permettre la pratique de l’athlétisme, du football et du rugby. Pour le COF, le site du Parc des Princes semble idéal, il est même officialisé par le gouvernement début 1922. Des études architecturales sont lancées en ce sens.

Seulement la ville de Paris tergiverse et renvoie la balle au gouvernement qui posséderait, par la Ministre de l’Agriculture, un droit sur le Parc des Princes. Une information qui se révélera fausse par la suite. Si Paris est bien disposée à accueillir les Jeux, elle souhaite avoir à dépenser un minimum. Finalement la ville de Paris propose en mars 1922 le Stade de Pershing (un peu moins de 30 000 places) comme hôte des Jeux, et une subvention d’un million pour l’aménagement du site. Inacceptable pour le COF. La solution viendra du Racing Club de France qui propose d’aménager un stade de 60 000 places sur ses installations à Colombes sous condition de recevoir 50% de l’ensemble des recettes des Jeux avec un minimum garanti de 4 millions de francs.

Les travaux sont confiés à Louis Faure-Dujarric, capitaine de l’équipe de rugby du Racing et également architecte. La construction achevée en 1924, utilisant des matériaux modernes à l’époque (béton armé et armatures métalliques), répond à la volonté de réduire les coûts tout en offrant une excellente visibilité aux spectateurs et satisfaisant aux normes de sécurité. Sans atteindre la barre symbolique des 100 000 places, Colombes offre désormais 20 000 places assises en tribunes couvertes et 44 000 debout dans les virages. L’enceinte est équipée de tout ce qui caractérise alors à la modernité: téléphone, télégraphe, mais aussi un système innovant de haut-parleur, une des révolutions techniques de ces Jeux.

Le stade en travaux avant les Jeux

Une gare provisoire et une avenue la reliant au stade pour permettre l’accès au terrain des sportifs et des spectateurs sont également aménagées. Le long de cette avenue, nourriture et babioles en tout genre sont vendues par des dizaines, des centaines de marchands logées dans des petites baraques aux couleurs olympique: Café de VIIIème olympiade, Olympic-City, A la Nouvelle Olympie, etc. Autre innovation de ces jeux, un village olympique est intégré au site de Colombes pour loger et nourrir l’ensemble des athlètes. En tout, les infrastructures olympiques de Colombes, qui comptent également un terrain d’entrainement et les courts de tennis du tournoi, s’étalent sur 16 hectares.

De la cérémonie d’ouverture tenue le 5 juillet devant 40 000 spectateurs à la cérémonie de clôture le 27 juillet, il serait vain d’établir la liste de tous les champions qui ont parcouru le Stade de Colombes. Citons ici seulement le spécialiste du fond et du demi-fond Finlandais Paavo Nurmi, grand vedette de ces Jeux qui remporte 5 médailles d’or sur la piste cendrée de Colombes dont deux en l’espace de deux heures (1 500m et 5 000m). Une performance qui transcende « les limites humaines » comme l’écrira le Miroir des Sports. Parlons également du Britannique Éric Liddell, fervent croyant, qui après avoir refusé de disputer la finale du 100m un dimanche remporte le jeudi celle du 400 m. Le cinéma s’emparera de son histoire et celle de son compatriote Harold Abrahams pour produire un succès mondial: les Chariots de Feu (mais qui ne sera pas tourné à Colombes, mais dans un stade en Angleterre).

La finale du tournoi de Rugby de Colombes est également remarquable, non pas par son résultat (victoire américaine sur la France 17-3), mais par sa violence inouïe qui fera dire à un observateur « c’est ce qu’on peut faire de mieux sans couteaux et sans revolvers ». De fait, le rugby ne sera plus convié à Jeux Olympiques par la suite avant les Jeux de Rio en 2016.

La fameuse finale de rugby

Le Stade Yves-du-Manoir

Peu après la tenue des Jeux, en 1928, l’enceinte de Colombes est baptisée du nom d’Yves du Manoir. Ce jeune lieutenant de l’armée de l’air avait été au début des années 20 un des plus jeunes demi d’ouverture du Racing et du XV de France. Meilleur joueur français de son époque pour certains, il trouve la mort au cours d’un vol le 2 janvier 1928, âgé seulement de 24 ans. A son honneur, de nombreuses installations sportives ou scolaires portent encore aujourd’hui son nom, notamment le nouveau stade de Montpellier inauguré en 2007. Il léguera également son nom à une des compétitions les plus prestigieuses du rugby français: le Trophée Du-Manoir.

Plus grande, plus moderne que les autres enceintes françaises, Colombes s’impose d’elle même au sport français. Athlétisme, football, rugby. Tout se déroule désormais à Yves du Manoir. Matchs de l’équipe de France de rugby ou de football, finale de la Coupe de France de football, grands matchs athlétiques contre les autres nations européennes, etc. Seules les finales du championnat de France de rugby échappent à l’appétit de Colombes, la dernière finale s’y disputant en 1923, pour après se dérouler en province. Les footballeurs du Racing boudent également Colombes, préférant tenter l’aventure professionnelle en 1932 au Parc des Princes,, dont la facilité d’accès est jugé plus propice à la réception d’un public nombreux.

Parmi les nombreuses rencontres qui se disputent à Colombes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, quelques une méritent d’être citées. La rencontre de football en la France et l’Allemagne (1-0) le 15 mars 1931 qui marque la reprises des relations sportives entre les deux pays, la première victoire d’une équipe de France sur l’Angleterre (5-2) trois jours plus tard ou encore la finale de la Coupe de France en 1933 disputée entre deux clubs de la même ville: l’Excelsior et le Racing de Roubaix (3-1), Les rugbymen ne sont pas en reste, bien qu’exclus du Tournoi des V nations en 1931, ils signent à Colombes le 2 avril 1927 le plus beau résultats de leur histoire en se défaisant, enfin, de l’Angleterre (3-0) après 16 tentatives infructueuses.

Mais voilà, alors que les souvenirs des Jeux Olympiques ne se sont pas encore dissipés, qu’une nouvelle grande manifestation sportive se profile à l’horizon: la Coupe du Monde 1938. Là encore, on évoque la construction d’une enceinte de 100 000 places qui ferait honneur au pays. Il n’en sera rien, et Colombes est désigné comme l’enceinte principale du Tournoi. Durant les 15 jours de compétition, le Stade Yves-du-Manoir accueille trois rencontres: le 8ème de finale entre la France et le Belgique (3-1), le quart de finale entre la France et l’Italie (1-3), et finalement la finale entre l’Italie et la Hongrie (4-2). 45 124 spectateurs assistent au second succès de rang des Azurris sur la pelouse de Colombes.

© AFP

A la Libération (Colombes a servi de camp d’internement au début du conflit), le stade reprend son rôle sportif et les matchs mémoriaux s’y succèdent: première victoire du XV de France amené par Jean Prat face aux All-Blacks le 27 février 1954, premières Tournois des V Nations en 1954 et 1955, puis le premiers Grand Chelem en 1968. C’est l’époque bénite des frères Boniface, des Domenech, Lucien Mias et autres Pierre Albaladejo. C’est l’époque du Sud-Ouest qui se donne rendez-vous chaque hiver à Colombes. Durant 30 ans, les matchs du Tournoi et les finales de la Coupe de France de football seront l’occasion du rendez-vous de tous les amateurs du sport français à Colombes. A noter également, un match d’appui des quarts de finale de Coupe des Clubs Champions Européens entre l’Ajax Amsterdam et le Benfica Lisbonne, le 5 mars 1969 avec à la clef un record d’affluence (63 638 spectateurs payants, dont quelque centaines de spectateurs français…).

Malheureusement, après de tant d’années de gloire, le stade Yves-du-Manoir allait bientôt devoir céder devant la modernité. Une modernité exprimée en ce début des années 70 par le projet du nouveau Parc des Princes. En quelques années, le stade de Colombes allait s’effacer devant ce nouveau temple du sport inauguré en 1972. La dernière finale de la Coupe de France s’y dispute en 1971 entre Rennes et Lyon (1-0), le dernier match des Bleus en 1975 (face au Portugal, et, enfin, le XV de France ferme les portes de Colombes sur une retentissante victoire face à l’Angleterre 37 à 12 avec 6 essais à la clé le 26 février 1972.

En 1972, Colombes sentant le vent de l’histoire passait devant lui, tente de se donner un second souffle en organisant une réunion de boxe entre Jean Claude Bouttier et le Champion du Monde Monzon. L’américain conservera sa couronne suite à l’abandon du Français au 13ème round. L’expérience n’aura pas de suite, ce match de boxe est le dernier grand événement international disputé à Colombes. L’enceinte et ensuite rendue au Racing. Au milieu des années 80, la section football quittera Colombes pour le Parc des Princes pour y tenter l’expérience du Matra-Racing. Les rugbymen resteront eux fidèles à l’ancien Stade du Matin jusqu’à l’ouverture de la Paris La Défense Arena en 2017.

Colombes dans les années 90

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