Le Pilou Pilou n’est pas toulonnais

Symbole majeur du Rugby Club Toulonnais, le « Pilou Pilou » aurait été entonné – selon le club – pour la première fois par l’ancien joueur toulonnais (et champion de France 1948) Marcel Bodrero durant les années 40. Rien n’est plus faux.

Un rituel Kanak

Le mot pilou est une déformation du mot « pila » qui pour les Kanaks de Nouvelle Calédonie signifient « danse ». Par déformation, l’appellation « pilou pilou » désignaient les danses traditionnelles de Grande Terre. Ces danses sont interdites en 1951, et leur souvenir s’estompe petit à petit, reléguées au rang de folklore.

« Cérémonie sociale de propitiation autour de laquelle gravite toute la vie indigène. » Maurice Leenhardt, 1930

Dans la foulée de l’exposition coloniale de 1907, le terme est une première fois repris en 1907 dans la culture populaire française à l’occasion d’une danse du début du XXème siècle 

Bienvenue à Alger

Le terme « Pilou Pilou » apparaît ensuite à la fin des années 1920 dans la revue mensuelle Alger Etudiant. Le cri est notamment utilisé pour encourager le club étudiant de la ville: le Racing Universitaire d’Alger (RUA). En Octobre 1928, la revue publie les paroles du chant estudiantin:

Paroles du Pilou Pilou algérois en 1928

Cela vous semble familier ? Certes les mers sont encore plaines, les cocotiers sont encore verts et la fin du rituel a été réarrangé mais ce sont bien les mêmes chants. En 1928, Marcel Bodrero, l’auteur supposé du texte, à 7 ans et vit de l’autre côté de la Méditerranée..

Pas uniquement cantonné au stade, le Pilou Pilou est également un cri qui retentit dans la ville dès qu’il en vient l’idée aux étudiants. Il est amusant de constater, que les jeunes footballeurs ne semblent pas connaître l’origine du nom de leur chant, lui préférant une origine amérindienne très en vogue à l’époque.

Le cri semble se perdre vers la fin des années 30. En 1953, l’hebdomadaire du RUA cherche à renouer avec le chant perdu en le mettant à sa une.

Le Pilou Pilou du RUA (1953)

C’est la dernière fois que l’on entend parler du Pilou Pilou de ce côté de Méditerranée, tandis que de l’autre côté, le cri devient l’hymne officieux du RC Toulon, avant d’être sacralisé avant chaque rencontre de l’équipe première durant les années 2000.

Le SMUC s’en mêle

En 2013 à l’occasion des 90 ans du club marseillais, et alors que Marcel Bodrero est décédé quelques mois auparavant, le Stade Marseillais Université Club s’insurge dans une lettre teintée d’ironie contre l’appropriation par le RCT du Pilou Pilou et en revendique la paternité.

La polémique ne dure pas. Elle est pourtant reprise par Daniel Costantini au micro de RMC sport qui en mars 2013 lors d’une émission des Grandes Gueules du Sport parle « d’escroquerie notoire », citant son père joueur au SMUC à la même époque que Marcel Bordrero.  Il se dit prêt à aller en justice pour se défendre. L’histoire reste sans suite

Quoi qu’il en soit, que le Pilou Pilou est transité ou non par Marseille, avant d’atterrir sur la rade ne change rien. En tout état de cause, il était déjà chanté dans les rues d’Alger durant les années 20 et 30. Le RCT ne peut pas se prévaloir de sa création. Reconnaître l’histoire ne changera rien à la popularité du club varois, mais serait une belle preuve de maturité.

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